French Journal for Media Research

Vindicien V. Kajabika

Corroy-Labardens Laurence, Barbey Francis, Kiyindou Alain (Coordination), (2015), Education aux médias à l'heure des réseaux, Paris : L'Harmattan, 321 pages.

1Pouvant être définie comme la capacité à accéder aux médias, à comprendre et apprécier, avec bien évidemment un sens critique, les différents aspects médiatiques et leurs contenus, qui comprennent une dimension créative et communicationnelle, et dont néanmoins l'aire de pertinence, tout comme le champ d'application en ingénierie, ont été perméables aux différents travaux théoriques en sciences de l'information et de la communication, l'éducation aux médias est l'épine dorsale de l'ouvrage « Education aux médias à l'heure des réseaux » publié sous la coordination de Laurence Corroy-Labardens, Francis Barbey et Alain Kiyindou aux éditions L'Harmattan en 2015.

2Si tout au long des 321 pages de cet ouvrage aux 29 contributions, plusieurs objets, aspects et thèmes de sciences de l'information et de la communication ont été abordés ainsi que leur rapport à l'éducation à travers multiples analyses provenant de diverses contributions et études empiriques, le distinguo fait entre l'éducation aux médias et l'éducation par les médias a constitué de fil rouge de toutes les réflexions, dès lors, comme le note Ounou Salam Deme (2005, p. 55), qu'il régnait et règne encore aujourd'hui une déroutante confusion dans leur évocation et usage.

3« Ce qui différencie les notions d'éducation par les médias de l'éducation aux médias est que dans la première activité, les médias sont utilisés comme des supports didactiques à des fins illustratives ou au service des contenus des disciplines traditionnelles. Dans la seconde, éducation aux médias, les médias sont considérés comme des objets d'étude : on analyse des contextes de production et de réception des messages des médias ». Par exemple, tente d'éclaircir Sergio Sacramento (2013, p. 20), si un professeur d'histoire utilise le contenu d'une émission télévisuelle pour illustrer les contenus qu'il enseigne, on dira qu'il fait une éducation par les médias ou avec les médias.« Si, par ailleurs, cet enseignant analyse comment cette émission a été construite, c'est-à-dire s'il fait une analyse de cette émission à travers un décryptage des stratégies communicationnelles utilisées (genre, type de plan, commentaires accompagnant les images, intentionnalité, ...), il s'agira d'une pratique d'éducation aux médias... », nuance Ounou Salam Deme (2015, p. 55-66).  

4Evelyne Bevort (1994, p. 76) poursuit dans ce sens, comme pour éclaircir le précédent point de vue, en soutenant qu'on continue parfois aujourd'hui à parler d'éducation aux médias à propos d'une utilisation strictement illustrative ou documentaire des médias dans la classe.  Pour illustration, lorsqu'un enseignant découpe un article dans un journal de presse et en utilise les données dans le cadre de son cours ou lorsqu'un autre enseignant montre un film dans telle ou telle discipline, ce n'est pas l'éducation aux médias au sens où l'on entend aujourd'hui sauf s'il se donne la peine d'expliquer aux élèves que l'outil spécifique qu'ils utilisent n'est pas un document comme un autre, qu'il fonctionne avec des règles très particulières de production et ses propres codes.

5Ciblant le cinéma dans le système éducatif afin de définir l'éducation par les médias, Antoine Vallet (1968, p. 16) en dit quelques mots : «  ...la formation au cinéma est considérée comme un moyen d'expression, un langage et l'utilisation du film didactique pour l'enseignement et la formation par le cinéma comme une éducation par les médias ».

6Il sied de constater que malgré l'ancienneté de leur usage, on continue encore aujourd'hui de confondre ces deux perspectives, notamment quand il s'agit des technologies plus récentes comme l'Internet. L'analyse de Geneviève Jacquinot (1997, p. 200) apporte un autre éclairage sur cette distinction en précisant que les films ou émissions qui ne sont pas faites pour apprendre sont généralement choisis pour deux raisons :

7- Soit pour le contenu qu'ils abordent et les informations qu'ils apportent. C'est le cas le plus fréquent. (C'est même ce principe qui a longtemps présidé à la tradition du ciné-club d'animation socioculturelle où le film est choisi comme prétexte à un thème de discussion, de même que les « dossiers de l'écran » où un film quel que soit son intérêt cinématographique, servait de point de départ à un départ sur le plateau.)  Ce choix est établi dans une vision disciplinaire pour illustrer un cours en considérant l'audiovisuel comme un support d'étude.

8-  Soit pour l'objectif s'inscrivant dans l'éducation aux médias, pour apprendre le média en question considéré alors comme objet d'étude, intégrant des conditions de production aux conditions de réception, en passant par l'analyse de divers « genres » ou « dispositifs télévisuels » (Jacquinot, 1977, p. 200).

9Cette mise au point de G. Jacquinot montrant finalement la différence entre l'utilisation de l'audiovisuel comme support ou objet d'étude ne devrait pas laisser filtrer une opposition car ces deux perspectives en vigueur dans son analyse sont complémentaires : « Ces deux dimensions (supports et objet d'études sont intimement liées et il serait dommage, voire dangereux d'exploiter l'une sans l'autre. Car (...) »la mise en forme est aussi « informe » et une image n'est jamais « le monde », mais « une image du monde » (Jacquinot, 1977, ibidem).

10Il peut être dangereux d'étudier la seule mise en forme d'un document audiovisuel qui présente des informations erronées ou tendancieuses sans les rectifier, sous prétexte qu'on étudie l'objet audiovisuel. Inversement, il est pédagogiquement dommageable mais aussi théoriquement regrettable de ne considérer le document que comme support à un contenu et de l'étudier du seul point de vue référentiel, car c'est occulter sa spécificité langagière et entretenir une naïveté sur laquelle repose déjà toute une tradition de la pédagogie audiovisuelle, à savoir qu'une « image est l'égale de la réalité (Jacquinot, 1977, p. 17).

11De nos jours, les médias, considérés à raison comme auxiliaires didactiques dans certains cas, connaissent un essor sans égal suite à la facilité d'accès à l'information. Il en résulte la nécessité de développer une capacité d'exploitation citoyenne de l'information. L'éducation aux médias vise à apporter une capacité de lecture distanciée aux apprenants et enseignants qui sont des lecteurs, producteurs et aussi diffuseurs de l'information.

12Même si, comme c'est parfois le cas de publication de colloques et rencontres scientifiques traitant et regroupant plusieurs contributions, l'ouvrage coordonné par Laurence Corroy-Labardens, Francis Barbey et Alain Kiyindou semble, par moments, avoir autorisé des contributions fondamentalement éloignées du fil conducteur qui est l'éducation aux médias à l'heure des réseaux. Le fait de fédérer plusieurs thèmes de recherches, tels l'enseignement, la formation, l'entreprenariat économique, la culture en général, l'éducation (religieuse, politique, ...), Internet (Web associatif, cybercriminalité, ...), plusieurs objets (médias, école, société, traditions, modernité, ...), plusieurs écoles et disciplines (Industries culturelles, Communication politique, Psychologie sociale, Anthropologie médicale, Linguistique sociale, ... autour de l'éducation aux médias, tout en éloignant certaines contributions de ce nœud gordien,  a simultanément permis de douter un instant de la pertinence de certains choix d'analyse et en même temps, autoriser de façon paradoxale, de croiser plusieurs approches et enrichir davantage le contenu. C'est notamment cela, l'un des plus grands mérites de cet ouvrage.


Vindicien V. Kajabika
Chercheur au CIM-CEISME, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
vuninga@yahoo.fr

13Bibliographie
Belvort, E., Balle, F., Gonnet, J., Hermelin, C., Menu, B., Mehl, D., Smet, (de) T.1994.  »Education et médias" , Médiapouvoirs n°35.
Sacramento, Sergio 2013. Les conceptions de l'éducation aux médias sous-jacentes aux actions d'éducation aux médias, Villeneuve d'Ascq, Septentrion Presses universitaires.
Jacquinot, G. 1979.  »Image et pédagogie : Analyse sémiologique du film à intention didactique", revue Française de pédagogie, volume 47, n°1, pp. 83-85.
Vallet, A., Rambaud, C. 1968. Guide de formation cinématographique pour l'enseignement secondaire, Paris, Ligel.
Deme, O. S. 2015. Coorroy-Labardens, L., Barbey, F., Kiyindou, A., L'éducation aux médias à l'heure des réseaux, Paris, L'Harmattan, pp. 55-66.

Pour citer ce document

Vindicien V. Kajabika, «Corroy-Labardens Laurence, Barbey Francis, Kiyindou Alain (Coordination), (2015), Education aux médias à l'heure des réseaux, Paris : L'Harmattan, 321 pages.», French Journal for Media Research [en ligne], Full texts/Numéros en texte intégral, 8/2017 Nouvelles dynamiques médiatiques et numériques - New media and digital dynamics, Notes de lecture/Book Review, mis à jour le : 03/07/2017, URL : http://frenchjournalformediaresearch.com/index.php?id=1429.

 

 

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