French Journal for Media Research

Hassan ATIFI

Introduction

Texte intégral

1Ce dossier thématique se situe dans le champ des recherches sur la communication médiatique et électronique, dans le prolongement des études sur les nouvelles formes de participation et d’engagements politiques en ligne et hors ligne (Mabi & Théviot, 2014), sur le rôle de l’internet dans le renforcement des populations ou minorités fragilisées (Thoër, C., Levy, J.J, 2012,) et sur les solidarités diasporiques (Mattelart 2009). Le dossier porte principalement sur les nouvelles dynamiques en émergence dans les médias anciens et nouveaux et privilégie des terrains issus de pays en dehors de l’espace de recherche habituel des pays en Europe occidentale et pays anglo-saxons.

2En effet, les médias classiques continuent de jouer un rôle de premier plan comme outil privilégié d’information, d’accès à la place publique, de médiation, de débat politique et de mobilisation citoyenne (Livingstone & Lunt, 1994, Lochard et Soulages, 1994, Darras, 1999). Par exemple, selon le baromètre annuel « La Croix » Kantar Sofres, la télévision demeure la première source d’information des Français en 2016. En même temps, l’essor de l’internet et des médias sociaux transforme profondément les pratiques et usages médiatiques dans le monde. Internet, par exemple, facilite les mobilisations citoyennes en introduisant dans l’espace public des questions sociales oubliées par les médias classiques (Bennet & Segerber (2001). Il permet aussi l’inclusion de nouveaux participants habituellement écartés de la participation (Wojcik, 2011). Internet, en outre, modifie ostensiblement, les relations de pouvoirs et les médiations établies rendant possible un nouvel ordre socio-politique (Postzer, 2007, Cardon, 2010).

3Les contributions retenues tentent chacune de rendre compte et d’interroger des points majeurs de ces nouvelles dynamiques médiatiques de (re)construction identitaire, de nouvelles formes de mobilisations solidaires et d’entraide, de participation politique et médiatique, de construction et visibilité culturelle, de stratégies d’entreprises et des marques…

4Dans sa contribution, Atenga étudie comment les journalistes camerounais se parlent, parlent de leur profession et polémiquent sur des forums et des listes de discussion, sur les questions nationales et internationales. Il explique que des registres polémiques participent des stratégies de légitimation et de délégitimation des uns et des autres dans ce champ journalistique en grande partie sous domination de la corruption, des replis ethno-politiques, de l’amateurisme, de la précarité.

5Dans son article, Atifi s’intéresse aux formes et aux enjeux des mobilisations solidaires émergentes via la vidéo de charité en ligne dans l’espace public marocain. Ces vidéos d’appel à l’entraide communautaire, postées par des personnes vulnérables, prolifèrent sur YouTube et sont parfois relayées par le site Hespress, premier média électronique au Maroc. L’auteur interroge l’essor de ce phénomène comme révélateur des mutations des solidarités traditionnelles (familiales), des nouvelles possibilités d’accès à l’espace public au Maroc et de certaines réalités économiques, sociales et culturelles du pays.

6La contribution de Baidouri et Bensebaa a pour objectif de comprendre la façon dont les individus agissent sur les réseaux sociaux numériques et de proposer différents types de stratégies de marques en tenant compte des modalités de construction identitaire sur ces sites.

7S’appuyant sur une analyse menée, de fin 2015 à mi-2016, sur les comportements de jeunes adultes opérant sur Facebook, les résultats mettent en évidence quatre types de profil numérique : l’individu émotionnel, l’individu engagé, l’individu en errance et l’individu rationnel. Ces quatre profils amènent les auteurs à proposer un modèle FAIT fondé sur quatre stratégies susceptibles d’être suivies par les marques.

8Dans leur article, Mountasser, Daghmi et Toumi s’intéressent au rôle de la chaîne télévisée Tamazight TV dans le processus de construction de l’identité culturelle amazighe dans la région d’Agadir au Maroc. Ils montrent que depuis la « libéralisation » des médias audiovisuels au Maroc en 2005, de nouvelles formes de médiation audiovisuelle se sont développées. Ainsi, une chaîne télévisée nationale publique Tamazight est créée en 2010 dans le but revendiqué de promouvoir, préserver et valoriser la langue et la culture amazighe. Mais passé la visibilité médiatique de cette chaine étatique, les auteurs interrogent la qualité de cette représentation.

9Dans sa contribution, Touati présente les spécificités de la reconstruction identitaire en Tunisie en phase de transition post-révolution de 2011. Son article, permet d’interroger la question de l’identité à partir de la prise en compte des processus de production communicationnels et en établissant les relations entre l’émergence de ce débat sociétal et les échanges dans les médias classiques et numériques (télévision et Facebook). Pour l’auteure, le bouleversement des structures politiques, sociales et culturelles explique en partie les questionnements d'ordre identitaire qui alimentent les discours politiques et médiatiques depuis 2011 et qui sont au cœur des enjeux politiques.

10La contribution de Toumi vise, à travers une analyse de contenu de deux journaux maghrébins, au Maroc et en Tunisie, à déceler la nature du discours journalistique adopté lors du « printemps arabe » en 2011. L’auteur affirme que le traitement de la question du numérique lors du « printemps arabe » par les deux quotidiens reste superficiel, puisque les journaux ont accordé plus d’importance à la force subversive des soulèvements et aux mutations sociopolitiques marquant les différents pays arabes et maghrébins. Autrement dit, les deux titres de presse n’ont pas eu assez de recul par rapport aux faits, à cause de la mainmise de l’Etat sur les organes de presse.

11Pour conclure, l’intérêt de ces contributions est double. D’une part, elles ont pu couvrir des terrains nouveaux venant du Cameroun, du Maroc, de Tunisie et de France. De plus, ces terrains sont issus à la fois des médias classiques comme la presse ou la télévision et des médias sociaux comme Facebook, presse en ligne, forums, listes de discussion et vidéo en ligne. D’autre part, l’intérêt des articles réside dans la richesse des méthodologies déployées par les auteurs pour saisir leur objet d’étude : ethnographie de la communication, Cultural Studies, analyse de contenu, approche empirique, enquêtes de terrain, entretiens, méthodologie qualitative, investigation inductive…

Pour citer ce document

Hassan ATIFI, «Introduction », French Journal for Media Research [en ligne], Full texts/Numéros en texte intégral, 8/2017 Nouvelles dynamiques médiatiques et numériques - New media and digital dynamics, 8/2017 Nouvelles dynamiques médiatiques et numériques - New media and digital dynamics, mis à jour le : 03/07/2017, URL : http://frenchjournalformediaresearch.com/index.php?id=1427.

Quelques mots à propos de :  Hassan ATIFI

Maître de Conférences en sciences de l’information et de la communication
Equipe Tech-CICO (Technologies pour la Coopération, l’Interaction et les Connaissances dans les collectifs)/ Institut Charles Delaunay, UMR STMR 6279 « Sciences et Technologies pour la Maîtrise des Risques »

hassan.atifi@utt.fr

 

 

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International.