French Journal for Media Research

Danubia De Andrade Fernandes

Les femmes brésiliennes dans les journaux européens
Une étude sur la représentation médiatique d’un groupe minoritaire

Résumé

L’article a pour ambition d’étudier les modalités de représentation des femmes brésiliennes dans les journaux de l’Europe. Il s’agit d’analyser les discours et les liens socio-historiques de ces représentations pour mieux comprendre comment elles sont construites et situées dans la culture médiatique. L’article part d’hypothèses théoriques qui relient la question de la représentation sociale à la production journalistique quotidienne. Dans cette étude, nous proposons l’analyse critique du discours comme source méthodologique. Nous analyserons des articles de presse dans lesquels il y avait des mentions aux femmes brésiliennes par rapport à un échantillon de dix journaux publiés en ligne pendant l’année 2012.

Abstract

The aim of this paper is to study the modalities of representation of Brazilian women in European newspapers. Considering the analysis of the discourse and the social historical contexts, reflecting upon representation of minorities groups in the media culture seems to be a major issue. In this article, our proposal is to consider the relationship between social representation and daily production of news based on a dialogue between the theories about representation and the journalism. For this analysis, we propose the critical discourse analysis as a methodological source. The case study is the newspaper articles in which there were references to Brazilian women over a sample of ten newspapers published online during 2012.

Texte intégral

Introduction

1Dans cet article, nous voulons présenter une étude sur les modalités de représentation des femmes brésiliennes dans les journaux de l’Europe. La proposition est d’analyser les discours et les liens socio-historiques de ces représentations pour mieux comprendre leur construction et leur place dans la culture médiatique. Premièrement, l’article passe en revue de nombreux travaux effectués sur la représentation sociale et ensuite sur la représentation médiatique de ce groupe minoritaire dans le but de cerner théoriquement les concepts clés de l’étude. En second lieu, nous proposons l’analyse des articles de presse dans lesquels les femmes brésiliennes sont mentionnées. Notre échantillon est composé de dix journaux européens qui proviennent d’Italie, de France, d’Espagne, d’Angleterre et du Portugal. Dans cette étude, nous avons choisi les éditions publiées en ligne au cours de l’année 2012.

Une pensée sur la représentation sociale

2Durant ces dernières années, nous pouvons observer une prolifération d’études en science de la communication qui ont utilisé le concept sociologique de la représentation sociale. Certainement, un contexte global chaque fois plus interculturel et plus inégal a demandé des analyses sur les modalités représentatives des groupes minoritaires dans les médias. Pourtant l’utilisation fréquente du terme n’a pas été accompagnée d’une réflexion à la hauteur de sa complexité.

3Un nom important concernant les études de la représentation sociale est celui du psychologue Serge Moscovici (2001 ; 2010 ; 2011). Ce théoricien franco-roumain la comprend à la fois comme un produit et un processus d’une activité d’appropriation de la réalité extérieure. Selon lui, l’accès à une information passe par la médiation d’une représentation sociale, étant donné que les représentations caractérisent les relations humaines aussi bien qu’elles objectivent et organisent la réalité sociale. En outre, Moscovici aborde la condition paradoxale des représentations, puisqu’elles sont instables et fixes en même temps. Elles ont besoin d’être partagées socialement pour survivre dans l’imaginaire collectif, mais pendant le processus de partage, elles sont soumises à des changements qui peuvent les déconstruire.

4La psycho-sociologue française Denise Jodelet (1991 ; 2001 ; 2006) met l’accent sur les représentations considérées comme des guides de nos façons d’appeler et d’analyser les divers aspects de la réalité : « Ainsi, dans le monde d’évidence de la vie quotidienne, la signification pleine des choses est indissociable de leur représentation » (Jodelet, 2006 : 18). Selon Denise Jodelet, la communication sociale est une chaîne de transmission de langages et de représentations sociales. En d’autres termes, le partage social des représentations est l’action primaire de la communication. De plus, il faut garder à l’esprit que les modalités de partage des représentations sont liées à la constitution d’un sentiment d’appartenance à un cadre identitaire.

5L’auteur palestinien Edward Saïd (2011) est aussi une référence dans les études sur les façons dans lesquelles les modalités de représentation d’un groupe ont servi comme des outils de domination sociale. Saïd affirme que dans un contexte où les relations sociales étaient absolument inégales, comme dans la période coloniale, le pouvoir de représenter l’Autre a fonctionné comme un mécanisme efficace de contrôle social. Selon Saïd, dans l’impérialisme culturel, le sujet colonisé a été représenté comme un être humain inférieur par rapport aux caractéristiques positives de son colonisateur. Par exemple, cet auteur évoque la littérature anglaise dans laquelle les Indiens ont été représentés comme des sujets primitifs, paresseux et indulgents et les Anglais, d’autre part, comme des individus symbolisant la culture, l’intelligence et, finalement, l’idéal d’humanité. En bref, la culture a été utilisée comme un moyen diffuseur d’idées eurocentriques et racistes tellement puissantes qu’elles influencent encore dans l’actualité.

6En outre, nous tenons à mentionner le travail de Ruth Amossy et d’Anne Pierrot (2001) sur la nature ambivalente des stéréotypes. Les stéréotypes sont définis comme des structures représentatives indispensables à la compréhension du monde réel. Selon ces auteures, sans la médiation des stéréotypes, nous serions obligés d'examiner chaque information ou chaque objet dans leurs contextes. Néanmoins, les stéréotypes sont également responsables de la simplification et de la réduction  des individus et de leurs expériences à des formules préconstruites. La simplification du monde réel favoriserait une vision déformée et schématique de l'Autre. Effectivement, Amossy et Pierrot nous ont présenté les stéréotypes comme des outils indispensables à la vie sociale et au même temps comme des structures dangereuses à la compréhension de l’Autre.

7Dans cette étude, la représentation est comprise comme une forme de médiation dans laquelle un « troisième symbolisant » est placé entre ce qui représente et l’Autre qui est représenté. Ce « troisième » est décrit par des stéréotypes et des catégories. Autrement dit, la représentation n’est pas un moyen transparent de parler sur l’Autre ; elle est liée aux systèmes de construction de la signification et elle est ancrée dans les relations de pouvoir. En effet, dans toutes les formes de représentation il y a un côté de violence du fait que représenter signifie une action de pouvoir et de domination de l’Un sur l’Autre. Il s’agit du pouvoir de parler au nom d’un Autre et des conséquences de cette appropriation de son lieu de parole. Nous aimerions adopter ces réflexions sur la représentation sociale et sur les stéréotypes comme un point de départ pour notre étude sur les représentations médiatiques des femmes brésiliennes dans les journaux européens.

La représentation médiatique des minorités sociales

8À présent, on envisage d’exposer quelques exemples de recherches menées au Brésil, aux États-Unis et en Europe qui se sont inclinées sur les modalités représentatives de groupes minoritaires dans les médias. Premièrement, nous allons nous pencher sur les recherches de l’auteur Teun van Dijk (1991 ; 2010). Ce linguiste hollandais a étudié les modalités de représentation médiatique de groupes minoritaires dans les journaux de différents pays, comme l’Angleterre, la Hollande ou l’Espagne. Ses recherches constituent une référence importante dans les études sur les liaisons entre le discours journalistique et le racisme dans le monde contemporain.

9Selon Teun van Dijk, les organisations internationales de médias ont construit un contexte de profonde homogénéisation des discours dans lequel les minorités ne trouvent pas facilement une ouverture à leurs expressions. Les réfugiés, les sans-papiers, les sans-abri ainsi que d’autres sujets marginalisés sont représentés dans les médias comme « l’Autre ». Essentiellement, cette représentation limitée repose sur les points suivants : en premier lieu, les minorités ont un accès plus restreint aux médias et, par conséquent, elles ont moins d’opportunités de s’exprimer à travers des médias de masse. Ensuite, elles sont rarement comprises comme des sources fiables et quotidiennes dans la production de l’information. Même quand elles font l’objet d’un article de presse, les minorités ne sont pas invitées à parler. Teun van Dijk souligne que la description médiatique a tendance à stéréotyper. Les migrants, par exemple, sont souvent décrits comme un « problème social ». En outre, les cultures des groupes minoritaires sont méprisées. Ses expressions sont aperçues comme inférieures par rapport aux cultures européennes ou nord-américaines. Finalement, les sujets qui appartiennent aux groupes minoritaires sont souvent décrits comme des personnes qui ont besoin d’aide, ou bien de sources matérielles ou bien intellectuelles.

10En bref, il est possible d’affirmer que le journalisme produit des discours d’autorité parce qu’il propage ses nouvelles comme la vérité des événements ainsi que comme la réalité des expériences. Effectivement, plus que les autres discours médiatiques, comme le cinéma ou les émissions de divertissement, le journalisme a été légitimé comme un propagateur de discours objectifs et donc comme un diffuseur de discours vrais. Cette logique implique spécialement la représentation des minorités, étant donné qu’elles n’ont pas facilement une ouverture à ses expressions et sont, de ce fait, restreintes aux représentations négatives répandues par les grands médias.

11En ce qui concerne les investigations concernant les migrants dans les médias, il faut mentionner la recherche de Simone Bonnafous (1991). Elle a analysé des articles politiques dans la presse écrite française pendant 11 ans, de 1974 à 1984. Cette auteure française a détecté un changement dans les modalités de cadrer le thème de la migration entre les décennies 1970 et 1980. Les migrants ne sont plus associés au travail ou à leurs revendications professionnelles ; ils passent à être représentés comme un problème social, c’est-à-dire, qu’ils sont représentés comme des personnes qui ne coopèrent pas dans la société. D’après Bonnafous (1991 : 252) : « À partir de 1979 (…) le regard du journaliste se détourne du logement, de la vie et du travail des ‘immigrés’ ou des ‘violences’ subies par eux pour se centrer sur de nouveaux objets : la ‘délinquance’, ‘l’insécurité’ (…). » Simone Bonnafous a conclu que les journaux ont été influencés premièrement par les partis politiques de gauche, avec une vision de l’immigration associée au travail, et ensuite par les groupes d’extrême droite, qui saisissent le migrant comme un danger social.

12Un nom important qui concerne les études sur les représentations médiatiques de femmes est celui de la sociologue américaine Gaye Tuchman (1978 ; 1979). Elle a étudié les représentations sexuelles stéréotypées transmises par les médias aux États-Unis dans les années 1970. Ces recherches ont été faites dans un moment de luttes sociales pour les droits de groupes minoritaires dans la société, tel que l’émancipation féminine. Cependant, malgré les contextes différents, les recherches de Tuchman sont encore d’une actualité frappante : des représentations féminines négatives continuent à être propagées systématiquement dans des produits médiatiques distincts, comme la publicité, le cinéma, les clips de musiques ou le journalisme. En bref, selon Gaye Tuchman (2010), les rôles sociaux diffusés par les médias offrent encore des modèles machistes et conservateurs pour les futures générations avec un grand pouvoir d’influence sur les enfants et les jeunes.

13En ce qui concerne l’analyse du racisme dans le discours médiatique, nous tenons à souligner l’étude développée par le théoricien brésilien Muniz Sodré (1999). Selon cet auteur, les médias au Brésil diffusent un imaginaire raciste qui est lié aux intérêts des élites traditionnelles. Cet imaginaire est responsable de la continuité de représentations négatives de la négritude et des cultures noires. À savoir, selon Sodré, le discours raciste dans les médias brésiliens est ancré dans quatre perspectives : premièrement, dans la dénégation de l’existence du racisme dans la société brésilienne. En second lieu, l’invisibilité des aspects positifs de toutes les manifestations symboliques d’origine noire. Ensuite, la stigmatisation de la peau noire comme un symbole d’infériorité et de disqualification. Finalement, l’indifférence à la question noire dans le métier de la communication qui influence aussi bien l’ascension des professionnels noirs et noires, que les choix de thèmes et de sources.

14En conclusion, nous présenterons les recherches de Maria Badet Souza (2009 ; 2010). Cette sociologue analyse les représentations médiatiques de femmes brésiliennes dans la télévision en Espagne. En bref, Maria Badet voulait comprendre comment ces représentations influencent les imaginaires sur la femme brésilienne et sur le Brésil. Les résultats de Maria Badet soulignent l’excessive visibilité des corps de femmes brésiliennes dans les reportages sur la prostitution en Espagne. Différemment d’autres groupes de femmes migrantes ou même en contraste avec la représentation d’hommes brésiliens, les Brésiliennes sont mises en évidence quand les thèmes sont le sexe ou la violence. Bien que ces recherches s’intéressent uniquement au contexte espagnol, les résultats ont montré que les modalités représentatives du féminin brésilien sont liées à la trajectoire coloniale brésilienne, ainsi qu’aux discours machistes et racistes.

15Nous croyons que la représentation médiatique de la femme brésilienne est le résultat objectif de la sous-représentation de certains groupes minoritaires. En bref, les modalités de représentation des Brésiliennes dans les journaux sont ancrées sur les représentations du genre féminin, ainsi que sur les façons de représenter les femmes noires et les migrantes. Il s’agit de mettre en cause les liens socio-historiques de ces représentations par rapport aux sources journalistiques trouvées actuellement.

L’analyse de la représentation des femmes brésiliennes

16Dans cette étude, les modalités de représentation des femmes brésiliennes sont analysées dans des journaux européens à partir d’un échantillon de documents concernant l’année 2012. Les journaux choisis proviennent de France, « Le Monde » et « Libération » ; d’Espagne, « El Mundo » et « El País » ; les journaux portugais « Correio da Manhã » et « Diário de Notícias » ; ainsi que les Italiens « Corriere della Sera » et « La Repubblica » ; et finalement les journaux anglais « The Sun » et « The Guardian ».

17La sélection des journaux repose sur les critères suivants : 1º) Étant donné l’impossibilité d’analyser les médias de tous les pays européens, la France, l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre et le Portugal représentent l’Europe dans cette recherche. À savoir, ces pays ont été choisis à cause de leurs relations historiques et politiques avec le Brésil et parce qu’ils constituent symboliquement l’Europe dans l’imaginaire brésilien. 2º) Le choix de ces journaux répond à la proposition d’évaluer deux titres importants de chaque pays. 3º) Cette sélection est liée au désir de travailler dès que possible avec des lignes éditoriales différentes destinées à des publics distincts. 4º) Les facilités d’accès aux contenues en lignesont aussi considérées. 5º) Finalement, une fois qu’il s’agit d’une analyse discursive, il était important de sélectionner les journaux en cohérence avec nos capacités de lecture et d’interprétation dans les langues étrangères.

18De plus, il faut préciser que cette étude est limitée aux articles de presse diffusés du 1er janvier au 31 décembre 2012. Ce délai offre un échantillon approprié pour construire une investigation théorique qualitative. Par ailleurs, le choix exclusif des éditions en ligne des journaux est justifié par les facilités d’accéder, de sélectionner et d’archiver les textes numériques. Ces commodités ont été fondamentales dans le contexte de production de la recherche, c’est-à-dire, entre deux pays, le Brésil et la France1. Ensuite, il faut garder à l’esprit que la lecture est gratuite dans la majorité des titres, à l'exception des éditions abonnées du journal « Le Monde ». En outre, il faut remarquer qu’il s’agit d’une analyse qualitative sans perspectives comparatives entre les journaux des différents pays. Plus précisément, l’échantillon compte sur 391 articles de presse comme le montre le tableau suivant :

Journal

El País

20

El Mundo

36

Correio da Manhã

147

Diário de Notícias

30

Corriere della Sera

44

La Repubblica

62

The Sun

12

The Guardian

Libération     

Le Monde

20

9

11

19Nous pouvons observer un numéro expressif d’articles dans le titre portugais « Correio da Manhã » dans lesquels il y avait des mentions aux femmes brésiliennes, au nombre de 147, c’est-à-dire, plus d’un tiers de toutes les récurrences registrées. Cependant, ce chiffre ne signifie pas nécessairement que ce groupe minoritaire ait gagné en visibilité sociale à travers des médias. En outre, le nombre de mentions n’est pas un résultat évident de la proximité culturelle entre le Portugal et le Brésil. Nous pouvons vérifier que l’autre hebdomadaire portugais inclus dans l’échantillon, le « Diário de Notícias », compte 30 mentions ; en bref, il a mentionné la femme brésilienne moins souvent que le titre espagnol « El Mundo » ou que les journaux italiens « Corriere della Sera » et « La Repubblica ». À notre avis, la logique de production journalistique des nouvelles, souvent basée sur les faits divers, pouvait justifier le nombre de répétitions plus que les chiffres des flux migratoires ou les questions liées aux approches culturelles, comme la proximité linguistique.

20Cette étude comprend quatre parties. Il s’agit d’abord de présenter les sources méthodologiques maniées. Ensuite, nous analyserons les manchettes des articles de presse dans lesquelles on trouve des mentions directes à la femme brésilienne. Les titres sont la première structure qui sera analysée en raison de son caractère fondamental dans la construction et la lecture du discours journalistique. En troisième lieu, nous allons nous pencher sur les questions générales relatives à la représentation de ce groupe minoritaire dans les journaux. C’est-à-dire, nous allons analyser la répétition des termes référents à la condition migrante et au pays d’origine des femmes brésiliennes. Finalement, nous tenons à étudier la relation construite dans les médias entre la femme brésilienne et le monde du crime à partir de l’analyse discursive de trois reportages. Ces différentes approches d’investigation ont pour but d’exposer les modalités représentatives de la femme brésilienne par rapport au cadre général de représentation médiatique des groupes minoritaires et, en particulier, des femmes noires et migrantes.

Méthodologies de l’analyse

21La méthodologie utilisée s’inspire des Études Critiques du Discours (ECD) formulées par le chercheur hollandais Teun van Dijk (1991 ; 2010). Les ECD sont une proposition d’analyse linguistique du discours notamment liées aux approches théoriques sur la discrimination et sur le contrôle social. Les ECD combinent la théorie et l’investigation empirique pour analyser la reproduction discursive du pouvoir. La question centrale des ECD est de comprendre comment les différents groupes sociaux utilisent des discours pour construire des pratiques de légitimation de pouvoir, de contrôle et de subordination. En d’autres termes, ces études constituent des outils théoriques et méthodologiques importants pour analyser le rôle du discours dans les processus de naturalisation des relations inégales de pouvoir dans les sociétés.

22Selon les principes des ECD, le contrôle social propagé par les discours doit être compris comme le contrôle du discours en soi-même et de ses moyens de production. À cet égard, il faut souligner l’importance de l’analyse du discours médiatique dans le contexte de production et de reproduction, c’est-à-dire, les ECD suggèrent une investigation qui cherche à répondre aux questions suivantes : qui parle ? Qui écrit ? À qui ? Dans quelles circonstances l’écriture est faite ? Qui a l’accès au discours ? Qui peut intervenir dans la production discursive ? Et, finalement, qui peut accéder à la production et à la reproduction du discours public ? Ces questions soulignent l’importance du contrôle du discours, mais également l’importance des contextes de sa production et les rôles sociaux des journalistes dans la constitution du pouvoir symbolique.

Les manchettes des articles

23En tout premier lieu, cette analyse porte sur les manchettes des articles de presse dans lesquels les femmes brésiliennes sont directement mentionnées. Dans l’analyse des manchettes, il est important de réfléchir sur les motivations qui incitent à faire référence à la nationalité dès le titre du reportage. Selon Teun van Dijk (1991), les titres journalistiques ont pour fonctions d’ouvrir le champ sémantique de la nouvelle et de séduire le lecteur au texte complet. Les mots qui composent les titres sont choisis à partir de critères fixes pour diffuser autant d’information que possible dans un régime d’économie d’espace. Nous avons rencontré le terme « brésilienne » en référence à une femme brésilienne dans 22 titres qui font partie de l’échantillon.

  1. Cabeleireira brasileira é assaltada em seu salão de beleza (Correio da Manhã, 18/01/2012)

  2. Brazilian Big Brother girl 'raped on live television' (The Sun, 18/01/2012)

  3. Massacrò il figlioletto 6 anni a madre brasiliana (La Repubblica, 15/03/2012)

  4. Brasiliana ubriaca investe donna e fugge (La Repubblica, 20/03/2012)

  5. Investigan a tres españoles por el asesinato de una mujer en Brasil (El Mundo, 30/03/2012)

  6. Desarticulada en Valencia una banda dedicada a prostituir mujeres de Brasil (El Mundo, 31/03/2012)

  7. Una ex prostituta brasileña podría demandar a la embajada de EEUU por lesiones (El Mundo, 26/04/2012)

  8. Una psiquiatra brasileña atiende un parto en una oficina de empleo (El Mundo, 23/05/2012)

  9. Irmã de actriz brasileira morta a tiro em drama passional (Correio da Manhã, 17/06/2012)

  10. Muore brasiliana ipotesi overdose (La Repubblica, 19/06/2012)

  11. Brasileira dá à luz em autocarro e abandona o filho morto no assento (Correio da Manhã, 26/06/2012)

  12. Accetta un passaggio da sconosciuti Brasiliana sequestrata e violentata (Corriere della Sera, 13/07/2012)

  13. La niña brasileña que mejoró su escuela gracias a Facebook (El Mundo, 29/08/2012)

  14. Brasileira esfaqueia filho de sete anos nos EUA (Correio da Manhã, 13/09/2012)

  15. Brasileira leiloa virgindade pela internet (Correio da Manhã, 26/09/2012)

  16. Virgindade de brasileira leiloada por 600 mil euros (Correio da Manhã, 24/10/2012)

  17. Una estudiante brasileña vende su virginidad al mejor postor (El Mundo, 25/10/2012)

  18. Brazilian student sells her virginity for half a million pounds (The Sun, 25/10/2012)

  19. Modelo brasileira morre durante lipoaspiração (Correio da Manhã, 31/10/2012)

  20. ‘I've fallen for a Brazilian prostitute’ (The Sun, 20/11/2012)

  21. Brasileira casa-se enquanto sofre dores de parto (Correio da Manhã, 08/12/2012)

  22. Menina brasileira baleada na cabeça espera oito horas por médico (Correio da Manhã, 26/12/2012)

24Dans cet échantillon, nous pouvons noter que sur un total de 22 manchettes seulement huit ne se trouvent pas dans la rubrique policière des journaux, ces articles sont encadrés dans les rubriques de variétés ou de fait divers. Il s’agit ainsi : 1) d’une nouvelle sur une psychiatre brésilienne qui a aidé à la naissance d’un bébé dans son bureau ; 2) sur une Brésilienne qui se marie en train de sentir les douleurs de l’accouchement ; 3) sur une jeune fille qui a utilisé Facebook pour dénoncer la mauvaise gestion de son école ; 4) encore un reportage sur un jeune tombé amoureux d’une prostituée brésilienne ; et, finalement, 5) quatre articles sur une jeune fille qui vend sa virginité dans un reality show diffusé par Internet.

25La majorité des manchettes, au nombre de 14, traitent de violences subies ou commises par des femmes brésiliennes en Europe et sont inclues dans la rubrique policière. Ces titres mettent en évidence la Brésilienne agressée, violée, prostituée ou assassinée ainsi que la femme auteure d’un acte criminel.

26L’analyse des titres permet de tirer une première conclusion : la visibilité de la femme brésilienne est associée directement à trois critères de production du journalisme, qui sont le négatif, l’insolite et l’inattendu. À savoir, les « valeurs-informatives » du journalisme sont les critères qui organisent la production des articles de presse. Ces valeurs aident à sélectionner les événements du temps présent qui seront l’objet d’un reportage ou d’une nouvelle par opposition à une série d’autres faits qui ne sont pas propagés par les médias. En bref, les études à propos des « valeurs-informatives » sont importantes dans la réflexion sur les visibilités et sur les invisibilités dans les journaux (Wolf ,1999 ; Traquina, 2002).

27L’analyse des manchettes où la femme brésilienne est objectivement mentionnée, nous permet de souligner que la majorité des titres sont négatifs. À savoir, la négativité est comprise comme une valeur dans la sélection des événements quotidiens, une fois que les articles négatifs attirent l’attention du public en raison de l’absence d’ambiguïté et de la capacité de dialoguer avec les sentiments humains. En outre, les valeurs de l’insolite et de l’inattendu sont aussi présentes dans les manchettes qui mettent en évidence la femme brésilienne. Par exemple, la nouvelle qu’une jeune brésilienne a décidé de mettre en vente sa virginité a été soulignée quatre fois et dans trois journaux. De plus, nous pouvons évoquer d’autres exemples de titres qui parlent d’événements imprévus et bizarres : les manchettes sur un jeune anglais épris d’amour pour une prostituée ; une femme qui se marie avec les douleurs de l'accouchement ; ou la jeune violée dans un programme de télévision en direct.

28Finalement, dans cet échantillon spécifique, il faut remarquer la présence d’un contenu sexuel dans un nombre significatif de manchettes. Sur un total de 22 titres, dix parlent directement ou indirectement du sexe, comme nous pouvons l’observer dans les reportages sur la virginité, le harcèlement sexuel, le viol ou les crimes passionnels. L’association de la femme brésilienne au thème sexuel se rapporte aux modalités de représentation sociale de la femme noire. Selon la philosophe nord-américaine bell hooks2 (1982), le genre féminin noir a été associé au sexe depuis la période coloniale. La supposée sexualité amplifiée de la femme noire a été discursivement construite comme justificatif pour des crimes de viols commis systématiquement dans les sociétés esclavagistes. Selon hooks, les viols des femmes noires ont assuré la stabilité de la structure sociale. En d’autres termes, l’image de la femme noire plus sexualisée par rapport à la femme blanche a servi aux intérêts d’un système d’exploitation des peuples noirs.

Brésilienne et migrante : une récurrence discursive

29En ce qui concerne l’analyse de tout l’échantillon des articles de presse où sont faites mentions à la femme brésilienne, il faut souligner qu’elle est doublement identifiée par sa nationalité et par son statut social migrant. Cette information n’est pas aléatoire ou non pertinente. Des auteurs comme Denise Cogo (2004 ; 2006), Nicolás Lorite (2004), Teun van Dijk (1991 ; 2010) et Mary Nash (2005 ; 2008) affirment que cette répétition a des objectifs précis. Il faut prendre en compte que le discours journalistique dans la presse écrite travaille selon une logique très rigoureuse d’économie d’espace. Ainsi comme dans le cas du titre, le texte de l’article a des signes et des mots calculés. Alors, pourquoi ajouter le mot « immigrante » tandis que cette information est déjà implicite quand il s’agit d’une brésilienne en Europe ? Quelles sont les intentions sous-entendues dans cette récurrence de termes ?

30De la même façon que le mot « brésilienne » dans les manchettes ou dans le corps du texte peut ouvrir un champ sémantique assez riche, le mot « immigrante » peut aussi attribuer des significations. Effectivement, quand le discours journalistique identifie une femme brésilienne comme « immigrante », nous pouvons noter l’intention d’accentuer son étrangéité. Le discours construit une séparation entre ce qui fait partie de la nation et l’Autre. D’un côté, les nationalités reconnues et invisibles ; de l’autre côté, les nationalités considérés comme étrangers, alors, hyper visibles. Ensuite, nous tenons à présenter quelques fragments de textes de l’échantillon :

  • Fiscalização: Operações em Albufeira, Almancil e Faro
    SEF expulsa mulheres ilegaisUm total de 20 mulheres estrangeiras foram identificadas pelo Serviço de Estrangeiros e
    Fronteiras (SEF) a trabalhar em casas de alterne e clubes de striptease, nas zonas de Albufeira, Almancil e Faro.
    Destas, seis brasileiras, foram detidas por estarem ilegais e vão ser expulsas do País. 
    (Correio da Manhã, 19/01/2012)

  • Amarante
    Presa por esfaquear namorada
    A jovem que foi esfaqueada pela namorada, anteontem, em Amarante, continua internada no hospital, enquanto a
    agressora foi detida e entregue ao SEF. Isto porque ambas são de nacionalidade brasileira e encontram-se em Portugal
    em situação ilegal. (Correio da Manhã, 13/02/2012)

  • No son inmigrantes, son turistas
    Los brasileños estaban molestos desde hace tiempo. Muchos ciudadanos, tomados por inmigrantes ilegales, han
    denunciado en los últimos años el trato recibido en el aeropuerto de Barajas.
    (El País, 23/02/2012)

  • Agivano durante il caos notturno arrestati rapinatori della movida
    (...) Di furto aggravato dovrà rispondere anche una brasiliana, di 40 anni, anche lei già conosciuta tra le forze
    dell'ordine, fermata dagli stessi militari dell'Arma all'interno di un vagone della linea metropolitana, all'altezza della
    fermata ''Spagna'', dopo aver rubato il portafogli a un altro turista.
    (La Reppublica, 11/03/2012)

  • Grande Porto: Ladrões detidos anteontem pela Polícia Judiciária
    Professora rouba ouro com marido
    Juntamente com o marido, a professora de Educação Física, de 22 anos, assaltou nos últimos meses pelo menos sete
    lojas de compra e venda de ouro, no Grande Porto. Escaparam sempre impunes, até que anteontem a Polícia
    Judiciária do Porto deteve os dois assaltantes, de nacionalidade brasileira, e que estavam em situação ilegal no País. O
    homem, 35 anos, tinha já, aliás, ordem de expulsão.
    (Correio da Manhã, 13/04/2012)

  • Trafficanti internazionali
    Droga, la regina e i riti voodoo
    Brasiliana a capo Quindici arresti: dalla Tanzania eroina e cocaína
    (Corriere della Sera, 23/05/2012)

31Par ailleurs, la migrante, une fois identifiée, est associée de manière récursive aux actualités négatives, comme il est possible de vérifier dans les exemples. Il s’agit de reportages sur la prostitution (exemple numéro 1) ; sur le crime (exemples numéros 2, 4, 5 et 6) ; sur l’immigration non documentée (1, 2, 3 et 5) ; et sur le trafic de drogues (exemple 6). Dans ces cas, nous pouvons constater la répétition des informations concernant la nationalité et la condition étrangère. Nous pouvons observer aussi la présence récurrente du mot « illégal » en référence à la migration non régulière. Cependant, d’après Denise Cogo (2006), dans le journalisme, la combinaison répétitive des mots « immigrant » et « illégal » ou « sans-papiers » constitue une affirmation implicite de la criminalité de la migration des pauvres.

Adjetivos qualificativos de ‘ilegal’ e ‘clandestino’ associados ao lugar de origem e à nacionalidade dos imigrantes, assim como a crimes e a delitos, assumem regularidade significativa nos títulos e no corpo dos textos construídos sobre as migrações contemporâneas, contribuindo para a instauração destes sentidos de criminalização. (Cogo, 2006: 106)3

32Actuellement, l’expression « crise migratoire » a été utilisée par les journalistes pour définir les nouveaux flux de réfugiés et de migrants en Europe. La complexité du rôle de l’Union Européenne dans la guerre en Syrie et la responsabilité des pays riches sur l’état de sous-développement des peuples africains ont été systématiquement masquées. La gestion des milliers de personnes qui croisent les frontières pour arriver en Europe a presque toute l’attention des grands médias. Sûrement, cette question demande plus d’analyses. Néanmoins, nous pouvons assurer que l’utilisation répétitive du terme « crise migratoire » collabore pour associer l’acte de migrer au désordre, à la violence, au chômage et, en bref, au chaos social. Ainsi, la migration bienvenue est restreinte aux citoyens des pays du nord.

Les Brésiliennes dans le monde du crime

33Les crimes sont les thèmes préférés des médias en raison de leurs caractères insolites et inattendus, en raison de leur absence d’ambigüité et parce qu’ils contiennent des valeurs associées aux intérêts humains et à la négativité. De plus, en ce qui concerne la production des faits divers, il faut remarquer qu’il s’agit d’un type de journalisme qui n’est ni coûteux ni lourd à faire. Avec très peu de sources, les journalistes peuvent raconter les histoires de crimes passionnels, d’agressions ou de viols. Cette économie de travail et de temps est possible dans le cadre d’un journalisme sensationnaliste dans lequel les enjeux et les contextes sociaux prennent peu d’importance.

34La femme brésilienne est mise en évidence dans les journaux de l’Europe quand elle est la victime ou l’auteure d’un acte criminel. À partir de l’analyse de l’échantillon, il est possible de vérifier la récurrence de l’association entre ce groupe minoritaire et la violence et l’illégalité. Comme nous l’avons souligné antérieurement, la condition migrante « sans-papier » est déjà considérée illégale dans le discours journalistique.

35De plus, il faut repérer qu’il y a une association entre la violence et les références culturelles des femmes migrantes. En premier lieu, les migrants sont fréquemment associés à leurs cultures dans les médias. À son tour, les cultures de l’altérité sont représentées médiatiquement comme sous-développées et inférieures aux cultures de l’Europe. Ainsi, les violences commises ou subies par les femmes migrantes comme les assassinats, les parricides, les viols ou les agressions sont vues socialement comme des expressions de leurs cultures machistes et irrationnelles. La violence de genre, par exemple, est considérée comme une mauvaise expression des cultures extérieures à l’Europe de façon à cacher doublement l’absence de l’État dans la protection de la femme migrante et les cas dans lesquels l’agresseur est européen.

36Dans cette étude, trois reportages sont analysés discursivement. Premièrement, l’assassinat d’un homme français par son épouse brésilienne dans la ville de Grenoble, en France. La première manchette était : « La fable brésilienne de la veuve noire ». Ce crime a été diffusé par le journal « Libération » dans les éditions du neuf février et du 26 octobre 2012. En bref, le discours de ce journal a mis en évidence les caractéristiques de la personnalité de la femme accusée d’assassinat avec l’intention de décrire son esprit criminel. Le texte utilise des stéréotypes de la « mulâtresse brésilienne » et des images récurrentes du Brésil comme un paradis naturel. Par exemple, dans la première phrase du reportage émis en février, nous avons : « Elle a cet accent doux et sensuel qui évoque les clichés du Brésil ». Et tout au long de la couverture médiatique de ce crime, le journal français décrit l’accusée par son accent, par son apparence et par son comportement. En effet, ces articles de presse ratifient les stéréotypes de la femme brésilienne qui sont déjà présentes à l’imaginaire européen depuis la période coloniale.

37En second lieu, nous allons nous intéresser à couverture journalistique faite par le « Correio da Manhã » de l’assassinat d’une jeune brésilienne enceinte par son compagnon également brésilien dans la ville de Queluz, au Portugal. Les textes examinés ont été publiés les 20, 21 et 22 mars 2012. Les médias ont accordé une grande attention à ce crime non seulement en raison de la violence contre une jeune femme enceinte, ce qui normalement attire l’attention de la presse sensationnaliste, mais aussi parce que l’assassin avait un historique imprévu : il avait déjà tué une personne de sa famille au Brésil et il travaillait dans la prostitution homosexuelle de luxe au Portugal. Alors, la couverture médiatique de ce crime révèle plusieurs valeurs journalistiques, comme la négativité, l’insolite, l’inattendu, l’importance de l’événement et la participation de personnes de l’élite, une fois que le suspect avait des artistes comme clients. Les reportages ont mis en évidence la beauté et la jeuneuse des personnes impliquées, ainsi que leurs conditions de migrants.

38Ensuite, nous voulons présenter l’analyse de l’article de presse qui a traité de la mort d’une prostituée brésilienne dans la région espagnole d’Alcanar. Selon le journal « El País » du quatre décembre 2012, la femme est morte en tombant d’un bâtiment à la suite d’une dispute avec son client. L’examen du reportage propose des questions liées au traitement des informations, une fois que le discours journalistique travaille clairement pour absoudre l’homme espagnol en indiquant que c’était un accident fatal et non un cas d’assassinat, comme nous pouvons constater dès la première phrase : « La víctima falleció en Alcanar a las tres de la madrugada al precipitarse al vacío desde una altura de cuatro pisos ». L’accusé d’assassinat « est caché » dans les phrases structurées à la voix passive et par conséquence le discours journalistique lui retire le rôle d’agent de l’action. En outre, le texte également communique aux lecteurs qu’entre l’homme espagnol et la prostituée brésilienne il n’existait ni relation amoureuse ni familière. Cette information n’est pas gratuite. À cet égard, le crime n’est pas compris comme une violence de genre ou comme un crime passionnel, mais nous savons qu’il y eut une dispute avant le décès de la Brésilienne. En revanche, nous tenons à proposer une inversion des personnages : si le mort avait été l’homme espagnol et non la femme brésilienne prostituée, les textes auraient-ils été les mêmes ? La violence qui a précédé le décès serait-elle ignorée ? El journal « El País » aurait-il décrit le crime comme un accident fatal ? Finalement, la prostituée brésilienne serait-elle si facilement considérée innocente ?

39Ces reportages ont en commun un traitement des informations qui restreint les femmes brésiliennes aux stéréotypes liés à leur nationalité et au genre féminin noir. En outre, les trois textes valorisent les composantes sexuelles des crimes. Nous pouvons observer l’absence des descriptions humaines des individus impliqués et particulièrement des victimes au profil des informations relatives aux corps et aux comportements sexuelles. En plus, les assassinats sont décrits comme des crimes déconnectés de la société, comme des épisodes isolés, autrement dit, ils sont présentés en dehors des chiffres de la violence urbaine, de la violence de genre ou contre les femmes migrantes. Nous pouvons vérifier dans les trois exemples qu’il y a une façon sensationnaliste de production de nouvelles basée presque essentiellement sur les sources policières.

Conclusion

40L’ambition de cet article était l’analyse des discours qui sont utilisés pour représenter les femmes brésiliennes dans les journaux d’Europe. Notre point de départ était une étude sur les représentations sociales et sur les représentations médiatiques de groupes minoritaires. Nous pouvons vérifier que les modalités de représentation des Brésiliennes sont forcément liées aux façons dont sont représentés les groupes migrants, les femmes et les femmes noires. Les récurrences discursives saisies dans l’étude ne sont pas aléatoires. Les groupes minoritaires sont souvent mentionnés dans les articles qui abordent les crimes et les évènements inattendus et insolites. En bref, la visibilité médiatique des femmes brésiliennes en Europe est fondamentalement négative, puisqu’elle est ancrée dans la presse policière et sensationnaliste. Malheureusement, les contributions sociales, culturelles et économiques de ce contingent humain sont mises de côté au profit d’articles qui reproduisent les stéréotypes de la « mulâtresse brésilienne ». Ainsi, le journalisme, dont la fonction est de présenter l’actualité, renforce les préjugés non seulement contre les Brésiliennes, mais également contre les femmes, contre les femmes noires et, finalement, contre les individus migrants issus de pays pauvres.

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Notes

1  Cette étude est le résultat d’une thèse faite dans le cadre d’une cotutelle internationale.

2  L’auteure bell hooks sera référenciée avec des lettres minuscules dans cet article parce que c’est de cette manière que la féministe américaine Gloria Jean Watkins présente à soi-même. Selon hooks, il s’agit d’une stratégie de communication pour mettre en évidence la construction des identités.

3  «Les adjectives qualitatives «illégal» et «clandestin» associés au lieu de l’origine et à la nationalité des immigrantes, ainsi qu’aux crimes et aux délits, ont une régularité significative dans les manchettes et dans les textes construits à propos des migrations contemporaines, ils contribuent à l’instauration du sens de criminalisation.» (Cogo, 2005 : 106)

Pour citer ce document

Danubia De Andrade Fernandes, «Les femmes brésiliennes dans les journaux européens », French Journal for Media Research [en ligne], Conference Proceedings/Actes de colloques, Minorities and media/Minorités et médias, mis à jour le : 16/02/2016, URL : http://frenchjournalformediaresearch.com/index.php?id=895.

Quelques mots à propos de :  Danubia De Andrade Fernandes

Docteur en Science de l’Information et de la Communication
Université Stendhal, Grenoble Alpes
danubiajfmg@gmail.com