French Journal for Media Research

Alexander Kondatrov

Espace public politique officiel post-soviétique à l’épreuve des réseaux socionumériques : étude de mouvements de contestation en Russie en 2011 et 2012

Résumé

L’objectif de notre article est de montrer le rôle des réseaux socionumériques dans les mobilisations de protestation qui ont eu lieu l’hiver 2011- 2012 en Russie. Insérés dans la configuration de l’espace public post-soviétique, ces dispositifs numériques renforçaient les mobilisations et servaient au recrutement des adhérents et des contestataires. Paradoxalement, ces réseaux contribuaient  à l’isolement de l’opposition politique.

Abstract

The objective of this paper is to show the role of digital networks in protest mobilizations that took place in Russia in winter of 2011 and 2012. Inserted in the double model of post-Soviet public sphere, these digital devices strengthened the mobilizations and served as places of recruiting of new members and protesters. Paradoxically, at the same time, networks contributed to the political isolation of opposition, to absorption and sterilization of speeches of discontent.

Texte intégral

Introduction

1Suite à l’annonce des résultats des élections législatives nationales début décembre 2011, d’importantes mobilisations de protestation ont eu lieu dans les grandes villes de Russie. Trois premières mobilisations d’envergure à Moscou et Saint-Pétersbourg ont réuni plus de 100 000 citoyens. Il s’agissait des premières mobilisations massives depuis l’éclatement de l’URSS. L’objectif de notre article est de comprendre le rôle des réseaux sociaux sur ces mobilisations et les évolutions des formes de solidarité, d’organisation et de débats civiques dans la société post-soviétique qu’ils provoquent. Plusieurs discours journalistiques et savants1 affirment que dans les conditions de verrouillage de la sphère publique politique  post-soviétique, les contestations de 2011-2012 ne pouvaient apparaître sans les dispositifs numériques de communication. Comme dans le cas des événements du « printemps arabe », selon le propos de Dahmen-Jarrin, les « moyens et techniques de communication sont présentés comme de formidables outil d’émancipation individuelle et collective et de réels catalyseurs de développement et de changements sociaux2». Ce point de vue s’inscrit dans le courant de pensée technocentriste qui partage une vision positiviste des technologies de la communication et insistent sur leur cause exclusive dans les changements sociaux3. Ces auteurs réduisent les causes de ces mobilisations à l’auto-organisation des citoyens sur l’Internet et annoncent même l’émergence d’un nouveau système de communication basée sur ces outils et qui « modifie profondément les relations de pouvoirs4 ». Dans ces discours, l’Internet « a été immédiatement qualifié de vecteur de la révolution5». Nous nous positionnons loin de cet optimisme technocentriste qui utilise la métaphore « naturelle » des réseaux qui est devenue « l’une des clés majeurs d’explication de nos sociétés complexes6 ». Dans ce  travail nous avons essayé de nous libérer de toute sorte de déterminisme, technologique et social dans l’analyse de ces mouvements de contestation afin de voir comment les Tic peuvent accompagner voir accélérer le changement social7.

2La méthode de notre étude est fondée sur l’observation participative des débats dans les réseaux sociaux et sur l’étude des messages électroniques diffusés durant douze mois dans la communauté virtuelle Mi byli na Bolotnoi (« Nous avons été sur la place des Marais ») sur la plateforme Facebook. Ce groupe a été créé suite à la première mobilisation importante du 10 décembre 2011 sur la place de Bolotnaïa (« place des Marais ») à Moscou. Pendant un an, ce groupe a servi de dispositif principal de médiation entre le comité d’organisation des manifestations et les participants des mouvements de contestation. Le pic d’influence de ce groupe a été au mois de mai 2012, lorsque le groupe diffusait son contenu à environ 160 000 utilisateurs Facebook8. Au moment de notre étude9 , ce groupe reste toujours en activité et réunit 32 000 abonnés. Nous avons examiné les modalités d’organisation, le contenu des discussions et le rôle de ce groupe dans les stratégies des acteurs politiques qui se trouvaient derrière ces mouvements de contestation. Nous avons élaboré le corpus à partir de 10 415 commentaires échangés le 10 décembre 2011 et le 14 novembre 2012. En mars-juin 2013 nous nous sommes également entretenus avec les trois gestionnaires des communautés de mobilisation.

Les formes plurielles historiques de l’espace public russe

3Le concept de l’espace public a été proposé par le philosophe allemand Jürgen Habermas, suite à ses réflexions sur le modèle de la «démocratie délibérative» et des « normes délibératives » avec les interrogations sur la dimension participative et les formes de l’échange argumentaire10. Jürgen Habermas décrit l’espace public comme un espace social de médiation entre l’Etat et la société où l’opinion public se forme grâce au principe de la Publicité (Öffentlichkeit), qui est l’acte de rendre public. Néanmoins, ce modèle de l’espace public bourgeois restait normatif car il a décrit la situation précise des sociétés européennes de XVIIIème et XIXème siècles. Il ne prenait  pas en compte les particularités et complexités des sociétés différentes, ni des contextes sociaux. D’ailleurs, le concept a beaucoup évolué à travers le temps en suivant les mutations de la société. Jürgen Habermas lui-même a apporté à ce concept des enrichissements dans ses derniers travaux. Comme Peter Dahlgren indique, « il a existé d’autres forums qui ont façonné la conscience politique des individus, servi de réseaux d’échanges de l’information et fourni un cadre d’expression11». Plusieurs chercheurs ont complété l’approche d’Habermas pour étudier d’autre (s) forme(s) de (des) l’espace(s) public(s) dans les contextes nationaux en prenant en compte les transformations sociétales. Nous pouvons mentionner les concepts de « l’espace public oppositionnel » d’Oscar Negt12, « l’espace public illégitime » de Benrahhal et Matuszak13 et « les micro-espaces publics » d'Eric Dacheux14.

4Dans l’étude du cas russe, la question se pose essentiellement sur la possibilité de l’existence de l’espace public dans la société où l’Etat et ses agents font souvent recours à la violence physique et symbolique des acteurs non-conventionnels. Nous pouvons trouver la description des formes de cette violence dans les travaux d’Olessia Koltsova15 et Vadim Volkov16. Jürgen Habermas supposait que l’espace publique aurait pu également exister non seulement dans les sociétés démocratiques mais aussi dans les conditions de la «participation limitée ». Cela permet à Bernard Miège de montrer que certaines formes de l’espace public peuvent exister dans des régimes non-démocratiques et semi-démocratiques17. Dans son analyse des formes historiques de l’espace public russe, Ilya Kiriya estime qu’à la fin de XIXème  et au début de XXème siècle, en Russie, l’existence de cet espace était impossible à cause de l’absence de droit politique et de l’illettrisme de la population russe avant la première Guerre mondiale18. En même temps, au XIXème siècle, des écrivains et des journalistes discutaient la libération des paysans du servage dans la presse périodique russe au caractère littéraire.

5La période soviétique de l’histoire de la Russie a été marquée par la domination de l’Etat-parti sur toutes les formes de la vie sociale et par le total conditionnement des individus à l’idéologie imposée par le régime. Les recherches menées sur des formes possibles de l’existence de l’espace public dans le contexte socio-politique de type soviétique (Voronkov; Gabor et Rittersporn; Tristan Mattelart) décrivent l’espace public en l’URSS comme une forme particulière de cet espace, la sphère publique « officielle » dominante. Cette sphère constituée ne représentait pas un lieu de communication mais était une arène avec le spectacle de pouvoir, un espace d’apprentissage de la vie à la soviétique19. Cet espace public officiel de façade, instrumentalisé par l’Etat, représentait le projet et l’enjeu principal de l’Etat-parti. Ce dernier se manifestait au sein de cet espace comme un seul acteur et sujet possible. Dans ses travaux sur les médias transfrontaliers, Tristan Mattelart développe le concept de Bernard Miège sur l’espace public contemporain fragmenté. Mattelart suppose la formation en URSS durant les années 1970-1980 de ce qu’il appelle « un espace public parallèle». Cet espace échappait au contrôle d’Etat et ouvrait une brèche dans la continuité de l’espace public officiel. Des chaînes radio et des produits culturels occidentaux diffusés clandestinement en URSS ont contribué au renforcement de la sphère publique autonome. Les médias transnationaux nourrissaient de l’extérieur les pratiques internes d’auto-information et diffusaient des représentations du monde différentes, notamment via l’entertainment20. Cet espace pouvait être considéré comme « parallèle » et non « oppositionnel21 » car son existence n’a pas été reconnue par les acteurs de l’espace public dominant « officiel ». Ce modèle de double système des espaces publics disparaît vers la fin des années 1980 avec l’éclatement du régime soviétique. Les opinions privées clandestines qui avaient circulé dans l’espace « parallèle » de communication, se déversaient massivement dans l’espace public officiel.

6La nomination de Vladimir Poutine à la tête du gouvernement russe en 1999 marque un tournant de centralisation et de renforcement du rôle de l’Etat post-soviétique. Les médias dominants sont repris par l’Etat et sont mobilisés comme des relais de la communication politique, voire de la propagande22. En même temps, dans les années 2000, nous observons la généralisation rapide des pratiques liées à l’Internet et les réseaux sociaux qui ont été très vite appropriés par les acteurs politiques et sociaux. Ces lieux numériques permettent l’apparition de nouveaux espaces d’expression et nouvelles pratiques médiatiques. Cela a permis à Ilya Kiriya d’affirmer qu’actuellement en Russie contemporaine nous observons l’éclatement de l’espace public unique et le retour au modèle de double espace public : officiel « dominant », constitué en grande partie des médias audio-visuels, la presse écrite nationale et des partis politiques institutionnalisés et l'espace « parallèle » constitué des « nouveaux » médias numériques23. Ces tendances nous montrent la persistance des formes et des configurations de l’espace public dans la société malgré les changements économiques et sociaux.

Réseaux comme enjeux des acteurs « traditionnels » : technologies du web marketing au service de l’opposition politique russe post-soviétique

7Notre analyse des modalités de fonctionnement de groupes de contestation montre que ce sont des acteurs des sphères traditionnelles politique et médiatique dans les mobilisations qui ont eu lieu à Moscou à la fin de 2011 et durant toute l’année de 2012. Il ne s’agit pas de l’auto-organisation des internautes sur le web. En effet, ce sont les acteurs des champs journalistique et politique de l’espace public parallèle qui se trouvaient derrière ces dispositifs numériques. L’idée de faire la promotion de la manifestation dans les réseaux sociaux appartient aux journalistes des médias d’opposition Ilya Faïbisovitch et Ilya Klishine. Avec l’autorisation de mouvement Solidarnost et avec son membre Denis Bilunov, ils ont créé un « événement » sur Facebook. En une nuit, le 6 décembre 2011, ces acteurs ont diffusé 25 600 invitations à la manifestation sur le boulevard Tchistye Proudy (« Etangs propres ») à Moscou. 2 700 utilisateurs de Facebook les ont acceptées. Le lendemain, la manifestation a réuni, selon différentes estimations, de 5 000 (selon la police) jusqu’à 20 000 personnes (selon les organisateurs). Dans nos entretiens, les créateurs et modérateurs de ces pages et communautés expliquaient les précédents échecs des mobilisations d’opposition par le fait que les hommes politiques d’opposition ne maîtrisaient pas les dispositifs numériques de communication. Ce qui nous paraît remarquable, c’est que ces acteurs affirment mieux se servir des outils de communication numérique et être plus influents sur l’opinion publique que les hommes politiques d’opposition. Ils prétendent pouvoir diffuser les messages plus rapidement et plus efficacement, car ils possèdent un très grand nombre d’abonnés dans les réseaux sociaux qui suivent leurs actualités. Dans cette logique, le succès des mobilisations dépend en grande partie de la maîtrise de la communication sur internet. Ces acteurs agissent dans la logique des gestionnaires de communautés sur internet. Lorsque les journalistes parlaient de l’organisation de la mobilisation sur internet, ils employaient beaucoup de termes liés au marketing :

« J’ai téléphoné à Solidarnost et dit : « Bonjour, je suis un tel, et je voudrais faire partie des administrateurs de cet… événement sur Internet car je voudrais aider à sa promotion. Quand je rédigeais des messages aux gens pour les inviter aux manifestations, c’était comme si je le destinais à mes anciens camarades de classe et pas forcément  aux gens qui s’intéressent à la politique. J’adaptais mon message au maximum car en décembre 2011 il fallait encore expliquer beaucoup de choses24 ».

8Au bout de quelques jours, des tensions sont apparues au sein du groupe organisateur des manifestations. Le 7 décembre 2011, cela a abouti à la séparation d’un groupe de journalistes d’opposition qui ont créé leur propre espace fermé de discussion parallèlement à la page Facebook officielle consacrée aux manifestations. Cette discussion comptait un nombre limité de participants et était invisible aux abonnés de la page. Elle était réservée au cercle restreint de journalistes et de rédacteurs qui incluait Ilya Klichin, Ilya Faïbisovitch, déjà mentionnés, ancien directeur de la maison d’édition Aficha Industries et rédacteur en chef du site d’information slon.ru Yuri Saprykin, journalistes de la maison d’édition KommersantDmitriBoutrine et Oleg Kashine, rédacteur en chef du magazine BolshoïGorod (« La Grande Ville ») et présentateur de la chaîne câblée DozhdPhilippe Dziadko, son frère, journaliste et présentateur à la radio Echo de MoscouTikhonDziadko, rédacteur en chef du site afficha.ru Ilya Krasilchtchik et présentateur à la chaîne  télévisée câblée Dojd (« La Pluie ») et ancien rédacteur en chef de la version russe du magazine Newsweek Mikhaïl Fichman. D’après l’information que nous avons recueillie, les participants à ces discussions avaient de la méfiance à l’égard des acteurs politiques d’opposition. Ils craignaient que les discours de ces acteurs n’entraînent l’aliénation des manifestants et la baisse de leur motivation25.

9Ainsi, nous pouvons dégager trois modes d’appropriation des réseaux sociaux dans ces mobilisations. Premièrement, les modérateurs des communautés travaillaient surtout sur la nature du message qui doit être personnalisé et adapté à l’audience et au support. Après la manifestation à la place Bolotnaia à Moscou, une deuxième étape du développement de mobilisation internet a commencé. Les modérateurs voulaient réunir la communauté autour d’une seule page Facebook et se concentraient sur la fidélisation des internautes. Leur stratégie était d’entretenir le climat émotionnel positif. Pour cela, ils publiaient de nombreuses photos de la manifestation, des vidéos, des commentaires des journalistes et des bloggeurs d’opposition. La troisième étape était liée au problème d’anonymat et d’authenticité de la page. En effet, étant donné que les modérateurs ne manifestaient ni leurs noms ni leurs prénoms sur les pages, ils voulaient prouver que cette page était le seul espace de mobilisation, d’information et des échanges entre le comité d’organisation et des internautes. Les modérateurs de la page ont commencé à publier des vidéos en direct des réunions des comités d’organisation. Afin de renforcer l’engagement des internautes, ils ont également proposé d’organiser des sondages parmi les abonnés de la page pour définir la liste des intervenants de la manifestation du 24 décembre. Les internautes pouvaient voter pour des candidatures proposées mais aussi suggérer des candidatures des hommes politiques, des bloggeurs et des activistes militants. De plus, pour renforcer la crédibilité de la page, les modérateurs publiaient des lettres officielles que les organisateurs des manifestations recevaient de la mairie de Moscou. C’est à ce moment également, que des contraintes et des limites du support numérique ont commencé à se manifester. Comme les modérateurs de la page nous ont expliqué, ils avaient la possibilité de diffuser l’information de la page et d’inviter aux événements uniquement des gens qui étaient abonnés de la page ou des amis des abonnés. Vers le 20 décembre environ, ils ont atteint les limites de leur audience, environ 86 000-87 000 personnes, qui ne se renouvelait presque plus.  

10Dans le discours de ces acteurs, les réseaux numériques permettent d’abandonner les modalités « conventionnelles » de mobilisation et rendre le mouvement de contestation plus ludique avec moins d’engagement politique et plus sécurisé pour les participants. Les journalistes présentent les événements en Russie comme étant en continuité  avec les manifestations politiques de « couleur » sur l’espace ex-soviétique: la révolution de « roses »  en Géorgie en 2003, la révolution « orange » en Ukraine en 2004, la révolution d’abricot en Arménie en 2008. En même temps, les activistes de ces structures voulaient sécuriser les échanges à distance et se croyaient sous la protection de ces plateformes numériques internationales de communication26. Aussi, les réseaux socionumériques de communication ont été utilisés pour trouver de nouvelles modalités de mobilisation et d’engagement des adhérents sur Internet.

Protester sans contester : les formes de non-engagement des militants web post-soviétiques

11Afin de comprendre le rôle des réseaux numériques de communication dans les mobilisations étudiées, il est indispensable d’étudier les modalités d'échanges entre les utilisateurs de la communauté Mybyli na Bolotnoi mais aussi les activités discursives qu’ils mènent sur cette page. A notre avis, l’étude de ces activités pourrait nous donner de nouvelles pistes de réflexion sur le rôle de ces réseaux dans les mobilisations. Le fait d’être inscrit dans cette communauté virtuelle ne signifie pas automatiquement que l’utilisateur devient participant de ce mouvement de contestation. Nous considérons que l’usager s’engage dans le mouvement de contestation à partir du moment où il commence à interagir avec le contenu ou avec d’autres participants, et contribue aux échanges argumentatifs des opinions. Dans le cas contraire, l’usager ne participe pas aux discussions, il reste passif par rapport au contenu. Pour nous, ce comportement passif reproduit celui des usagers des médias traditionnels, comme devant la télévision, par exemple. Nous considérons l'interaction des usagers Web avec le contenu du groupe comme un mode d’engagement en ligne. Ainsi, nous avons étudié les échanges et les interactions des participants de la communauté.

12Pour nous, l’interaction avec la communauté peut se manifester de deux façons :

  • Lorsque l’utilisateur clique sur le lien « j’aime » ou « partager » du contenu afin de diffuser le contenu de la page  auprès des amis virtuels.

  • Lorsque l’utilisateur laisse des commentaires aux différentes entrées ou bien il réagit aux commentaires des autres utilisateurs.

13Nous considérons cette interaction comme condition principale d’engagement en ligne. Bien sûr, la correspondance privée peut également avoir lieu entre les usagers mais ce n’est pas un échange public et ne fait pas partie de l’interaction ni d’engagement par conséquent. Pour notre travail, il était important d’établir le rapport entre le nombre total d'inscrits et ceux qui interagissent avec le contenu. Nous nous sommes procuré des données statistiques bruts sur les activités des utilisateurs de la page qui sont accessibles uniquement aux modérateurs.

14Ayant analysé ces données, nous avons tout d’abord, identifié quatre différents segments de ce groupe. Nous avons établi quatre typologies d’usagers selon les modalités  de leur activité dans ce groupe27:

  1. « Le noyau dur » de groupe de contestation qui compte environ 30 personnes28, ce qui fait environ 0,1% du nombre total des inscrits. Ce sont les créateurs et les modérateurs (journalistes et hommes politiques d’opposition). Ils publiaient quotidiennement des entrées, font la modération et utilisent des messages privés pour communiquer entre eux. Le nombre le plus important des commentaires ont été laissés par les modérateurs du groupe et par les participants aux élections du comité de l'opposition lors de leurs conférences avec les usagers de cette page (journaliste d’opposition Oleg Kashin 66 commentaires et activiste politique d’opposition Roman Dobrohotov 56 commentaires). Le nombre le plus important des commentaires a été laissé par les modérateurs du  groupe et par les participants aux élections du comité de l'opposition lors de leurs conférences avec les usagers de cette  page  (journaliste d’opposition Oleg Kashin 66 commentaires et activiste politique d’opposition Roman Dobrohotov 56 commentaires).

  2. Internautes engagés « très actifs », 1 484 utilisateurs ou 4,7 %. Ils interagissent régulièrement avec la communauté, cliquent et partagent le contenu, participent dans les discussions. Chacun d’eux a laissé au moins deux commentaires  durant la période étudiée.

  3. Usagers « actifs » 3 577 utilisateurs, ou 11% des participants. Ils partagent et diffusent le contenu de temps en temps et ont laissé au moins un commentaire sur les entrées de la page.

  4. « Périphérie », 26 666 des inscrits (84 %) qui ne participent pas à l’activité, ne réagissent pas au contenu et restent passifs face au contenu diffusé29.

15En nous basant sur ces chiffres, nous pouvons conclure qu’une partie minime des participants de ce groupe reste active face au contenu en le produisant, commentant ou partageant. Les autres ont perdu l’intérêt ou restaient passifs. Plus encore, environ trois quarts des internautes « actifs » qui interagissaient avec le contenu, n’ont laissé qu’un seul commentaire ou n’ont partagé qu’une fois le contenu.

Figure 1 : Nombre de commentaires laissés par les utilisateurs de la page de contestation Facebook (décembre 2011 - novembre 2012), selon les statistiques de la communauté de contestation

Image1

16Les résultats de notre analyse nous permettent d’identifier quatre pôles principaux de ces discussions :

  1. Les débats sur la mise en visibilité du mouvement dans l’espace médiatique. On mentionne aussi les nouveaux médias et les médias dominants.

  2. La recherche de l’identité du groupe, tentative de la définition de la stratégie. On y inclut la recherche des parallèles historiques dans l’histoire de la Russie et d’autres pays, la légitimation des structures d’organisation (par exemple, la récolte d’argent pour financer les manifestations ou les votes pour les intervenants des manifestations).

  3. Les échanges d’informations pratiques sur les modalités d’organisation des mobilisations. Comme le 16 décembre 2011 à 12:19 « Svetlana Shapoval'yants » a écrit :

« En ce qui concerne le thé, je vous propose de faire une chose simple mais efficace. Chaque participant apportera un thermos de thé et des sandwiches pour lui-même et pour partager avec une autre personne »30

  1. Les échanges émotionnels sur les mobilisations et les contestations passées, échanges et commentaires émotionnels sur les actualités, et autres expressions émotionnelles y compris des insultes. Par exemple, le 15 décembre 2011 à 09h17 l’usager « Vladimir Tsvetkov » a écrit à propos des hommes politiques d’opposition:

«Est-ce qu’on a vraiment besoin de voir la gueule Nemtsov [l’homme politique d’opposition et l’ex premier ministre assassiné en mars 2015 au centre de Moscou] sur la scène ? Ou de la gueule de Kassianov [Mikhaïl Kassianov, homme politique, un ancien président du gouvernement russe], ou la gueule de Ryjkov [Vladimir Ryjkov, un homme politique d’opposition du groupe L'Autre Russie]? Pourquoi donc on discute ici ces ordures qui vont tout compromettre?»31.

Figure 2 : Les thématiques de la discussion en ligne de la communauté de contestation  selon l’étude de contenu d’échange entre les participants de communauté

Questions d’organisation (lieux de rendez-vous / informations pratiques)

34,44%

Echanges émotionnels, non-argumentatifs

24,65%

Medias dominants, nouveaux médias, questions de visibilité, d’identité

7,88%

Insultes, injures des participants ou la reproduction des clichés propagandistes

4,9%

Débats argumentatifs, formulation des positions communes

4,17%

Echanges entre individus sans rapport avec les événements

18,86%

Autre

5,01%

17L’échange au sein du groupe révèle des « tactiques d’adaptation passive » selon l’expression du sociologue post-soviétique Boris Doubine32, face à la diffusion du contenu propagandiste des entreprises médiatiques étatiques. Le sujet des médias dominants, surtout les chaînes télévisées généralistes, occupe une place importante dans les discussions des participants de groupe. Nous pouvons observer à quel point ces derniers se trouvent sous l’emprise de ces médias et  leurs discours propagandistes officiels. Dans leurs échanges au sein de ce groupe, ils reproduisent constamment les clichés et schémas narratifs propagandistes véhiculés par les médias officiels. Les participants soit s’opposent à ces schémas soit y adhèrent, mais ne proposent pas de grille de lecture alternative des événements. Les contestataires n’ont pas dans l’idée de faire de la contre production de l’information. Leur objectif principal est d’obtenir la couverture positive et juste de la part des médias dominants. Le paradoxe est que pour ces cyber-activistes, ces médias restent la source majeure d’information. Ils considèrent que les représentations des événements construites par ces médias ont un impact décisif sur la population russe, notamment des habitants de province. Ils ont tendance à exagérer la force persuasive et propagandiste de ces médias. Dans les discours des participants aux échanges en ligne, les évènements n’existent pas s’ils ne sont pas couverts par les médias dominants officiels. Ainsi, le 26 décembre 2011 à 19:17 l’usager « Igor Skripka » a écrit :

« Le rassemblement, a-t-il réellement eu lieu? Et si tout cela n’était que de la fiction ? Je ne connais pas très bien Moscou et l’Avenue d’Andrei Sakharov, peut-être, est-ce le mythe créé par l'opposition ? »33

18Pour les participants aux échanges en ligne, le fait d’être visible par des médias dominants est un moyen principal de faire pression sur les autorités. Le souci principal des participants est de ne pas laisser les médias dominants détourner l’image des manifestations, de ne pas être marginalisés et stigmatisés par ces médias. Les participants des échanges se sentent impuissants face à la force des médias officiels propagandistes. Par exemple, le 24 décembre les participants de discussion s’étaient montrés insatisfaits par la couverture des évènements de la part des médias dominants. « Katrin Soldatova » a écrit « J’ai eu beaucoup de plaisir à regarder le JT sur [la chaîne] RenTV ». « Maria Sédykh » lui a répondu :

«la chaine Rossia 24 a donné l’image juste et positive. On a vu Troitskij, Navalny et Kortnev ». « Pavel Korshikov » a résumé : « Mais la chaîne RTR est un exemple typique de la propagande de Goebbels, tout d’abord, ils ont montré 100 000 citoyens. A la fin de l’émission, ils ont montré une usine qui fabrique des chars. Les employés de cette usine soutiennent le parti au pouvoir. Les journalistes de ces chaines savent que c’est toujours  le dernier mot qui marque 34»

19Pour les contestataires, les débats et les échanges argumentatifs sur le fonctionnement du mouvement de contestations, sont moins importants que le problème de visibilité dans les médias dominants officiels. Etant déçus par la couverture injuste des manifestations par les médias dominants, ils n’ont réussi à trouver ni la stratégie de contournement du contenu propagandiste ni le moyen de faire la pression sur les médias dominants. Par exemple, ils se méfient des hommes politiques de l’opposition en croyant qu’ils sont financés par les services secrets américains et ne représentent pas les intérêts des contestataires. Ainsi, le 17 décembre 2011 à 14:01 « Trillena Koneva » a écrit :

« Ceci est un autre rassemblement, c’est le nôtre ! Des études variées montrent que quasiment aucun des hommes politiques d'aujourd'hui n’inspire confiance. On est fatigué de la droite et de la gauche, des « rouge »s et des « bruns ». Qu’ils viennent au rassemblement et qu’ils fassent des choses utiles, par exemple distribuer des rubans ou organiser la sécurité. Mais ne leur donnez pas la /parole cette fois! »35.

20Cette idée fait référence à la représentation par les médias dominants des hommes politiques d’opposition comme corrompus et marginaux. Cet exemple nous montre une forte incrédulité, voir aversion par rapport aux structures politiques officielles mais aussi des structures d’opposition non reconnues et agréées. Les participants évitent de discuter du changement du pouvoir public en Russie qui pourrait résulter des manifestations. Cette idée est une autre idéologème propagandiste véhiculée par les médias dominants. Dans leur discours, toute désobéissance civile et toute critique politique des pouvoirs russes sont considérées comme l’incitation à la révolution. C’est pour cette raison que les participants évitent l’emploi du mot « révolution » dans leurs discours et se méfient des personnes qui appellent aux actions dans l’espace urbain contre les pouvoirs russes. Pour eux, toutes critiques personnalisées des pouvoirs russes sont également intolérables.

21Il faut signaler que les « nouveaux » médias numériques post-soviétiques ne sont pas considérés par les adhérents de la communauté étudiée comme une alternative de la contre production de l’information. Selon eux, ils ne correspondent pas aux critères des médias car ces « nouveaux » médias numériques  manquent d’autorité et d’influence. Ils considèrent ces médias comme un moyen de revivre l’événement et non comme source d’information. C’est pour cette raison, que malgré l’existence de nombreux médias web qui couvraient largement les événements, les contestataires réclament la création des médias « alternatifs » d’information, populaires et indépendants des autorités russes.

22Les participants du groupe ne font pas confiance aux structures formelles ni du pouvoir ni d’opposition mais ne connaissent pas d’autres formes d’engagement et d’organisation politique. Par ailleurs, dans chaque discussion des stratégies de déploiement de mouvement de contestation, ils proposent de créer des structures formelles (parties, mouvements, comités) représentatif mais indépendant des structures d’opposition existantes. Néanmoins, des tentatives de création de telles structures ont subi un échec, tel est le cas des élections au Conseil de coordination du mouvement de contestation. Rappelons, qu’en automne 2012 les élections dans ce conseil ont été organisées sur internet. Seulement très peu de personnes y  ont participé. Le Conseil de coordination qui a été quand même élu s’est dissout assez rapidement. Il apparaît que les internautes ont été très actifs dans les appels de la création des structures, mais dès qu’il s’agissait de réel travail d’organisation et de gestion, il perdait l’intérêt rapidement.

23Un autre trait important qui peut caractériser la nature de ces espaces virtuels d’échange, c’est  qu’ils ont servi comme des lieux de confrontation voire d’agression symbolique entre les différents groupes de web activistes. Nous avons aperçu plusieurs traces d’intervention des militants web progouvernementaux. Les profils de ces activistes peuvent être identifiés par les traits suivants.

24• Faux profils et profils suspendus dans les réseaux sociaux. Ces faux blogueurs militants pro pouvoirs peuvent être identifiés par les profils vides de vitrines et des identités fausses:

«Tous ses « amis » ont le nom commence par une même lettre d’alphabet, par exemple le « M », leurs profils sont comme des copies. Il y a  trois ou quatre entrées, une photo du chat, une recette, une publication neutre de la presse people. Et son « ami » aura la même chose. C’est pour cette raison qu’ils sont facilement  identifiables. Ces gars-là viennent dans mon blog pour insulter ou provoquer les autres participants. Si je les bloque, ou si je ne fais pas attention, un autre pareil vient »36.

25• L’usage du vocabulaire agressif et offensif à l’égard des autres participants du groupe,  des membres du comité d’organisation ou bien des hommes politiques d’opposition. La cyber activiste d’opposition Irina Yasina l’indique que les blogueurs pro-pouvoirs utilisent les outils de veille pour réagir sur les entrées ou les discussions qui critiquent les personnalités de l’État ou les pouvoirs politiques :

« Dès que je critique les pouvoirs, ils apparaissent tout de suite. Je les efface mais ils apparaissent de nouveau. Je pense qu’ils suivent les mots-clés, « Poutine », par exemple, même si je ne mentionne pas souvent ce nom »37. Le blogueur Kozyrev précise : les stratégies de ces web militants du pouvoir sont concentrées pour « changer le sujet de discussion, bloquer les discussions, et si cela ne marche pas tout simplement, insulter les participants pour qu’ils réagissent plus lentement aux débats »

26• Des reproductions des idéologèmes de la propagande étatique médiatique. Par exemple, le 21 décembre 2011 à 07h29 « Yuri Sizov » a écrit :

« j’ai quelques raisons d'aller à la manifestation. Ne pas laisser la révolution arriver !!! Seulement le bon sens des gens peut les arrêter dans leurs action révolutionnaires. Il faut vivre et collaborer avec les autorités actuelles. P.S. Je suis pour la Russie libre sans révolution!!!38 ».

27A notre avis, ces activités militantes ont également contribué à la marginalisation et banalisations des débats au sein de groupe. Dans la période entre  la fin décembre 2011 et fin janvier 2012, les modérateurs et les participants de cette page  ont consacré une majeure partie de leur temps à la modération du contenu, pour dégager et bloquer ces utilisateurs indésirables. Le 28 décembre 2011, les modérateurs ont fermé le « mur » du groupe aux commentaires des utilisateurs. Nous considérons que la fermeture de la page aux commentaires à ce fort moment de mobilisation (après deux manifestations de plusieurs milliers de personnes) a contribué à la perte d’audience. En effet, si le 22 décembre 2011, selon les statistiques internes de la page 10 292 d’utilisateurs ont partagé le contenu de cette page, le 28 décembre 2011 leur nombre a baissé jusqu’à 564.

28Nous supposons que, paradoxalement, les réseaux socionumériques ont joué le rôle néfaste pour le mouvement de contestation russe de 2011-2012. Premièrement, ces réseaux ont servi d’outil d’exclusion politique. Comme nous l’avons remarqué plus haut, la majorité des participants des groupes principaux de mobilisation étaient les habitants de Moscou et Saint-Pétersbourg. L’objectif premier des structures formelles d’opposition et des modérateurs était d’assurer la mobilisation maximale des habitants de Moscou afin de donner plus de visibilité au mouvement dans les médias dominants. Comme les mobilisations avaient lieu principalement dans les capitales, les provinciaux étaient peu impliqués dans les débats autour des mobilisations. Plusieurs groupes ont été créés dans des provinces russes, mais  peu nombreux et sans liaison entre eux. Aucun espace commun virtuel de débat et de mobilisation n’a été créé.

29Une autre contribution des réseaux numériques à l’affaiblissement du mouvement de contestation est l’absence de débats argumentatifs à cause du caractère émotionnel et non rationnel des échanges, comme nous le démontrons ci-dessous. En effet, nous évaluons à environ 25 % du total le nombre de commentaires représentant ses réactions émotionnelles : des expressions de colère, indignation, mécontentement, méfiance. Par exemple, le 10 décembre 2011 à 19:56 « Irina Klimova » a écrit :

« Malheureusement, je ne pouvais pas être présente physiquement avec vous [à la manifestation du 10 décembre 2011], mais je suis avec vous ! Je suis extrêmement heureuse de lire les témoignages et de regarder les photos de l’événement. Merci à vous!39».

30Pour les participants ces espaces représentaient les lieux d’expression ponctuelle et occasionnelle, pour se plaindre des conditions de vie et de l’injustice sociale. Une fois leur mécontentement exprimé dans l’espace virtuel, les participants ne cherchaient pas à débattre leurs idées et arrêtaient leur activité discursive sur la page. Cela peut expliquer pourquoi 71,54 % des internautes n’ont laissé qu’un seul commentaire sur la page étudiée. A notre avis, ces espaces virtuels de discussion ont accumulé et stérilisé les mécontentements émotionnels des citoyens.

31La nature émotionnelle des échanges dans les réseaux sociaux explique le caractère festif et carnavalesque des manifestations dans les rues lors des événements décrits. Les défilées comptaient de nombreuses personnes déguisées. Les manifestants affichaient pancartes avec des slogans ironiques et moqueurs qui détournaient des discours des hommes politiques. Néanmoins, très peu de ces slogans étaient de véritables réclamations politiques mais avaient le caractère « carnavalesque » ou humoristique d’après les recherches d’Anna Kachkaeva40. Le sociologue russe Alexandre Bikbov qualifie cette nature carnavalesque caractérise les protestations comme « sécurisées », « modérées » et « obéissantes »41.

Conclusion

32Les dispositifs numériques de communication et, notamment, les réseaux socio-numériques, étaient inscrits dans les tactiques des acteurs de l’espace public parallèle, des journalistes des médias d’opposition institutionnalisés et des acteurs politiques non-institutionnalisés lors des événements de mobilisation entre décembre 2011 et novembre 2012. Suite au non-aboutissement du mouvement de contestation à la fin de la première décennie des années 2000, ces acteurs cherchaient de nouvelles tactiques de mise en visibilité au sein de l’espace public officiel. Les acteurs du champ journalistique, inspirés par les mouvements de contestation dans le monde arabe et dans les pays de l’ex-URSS, nourris par l’imaginaire délibératif des réseaux numériques, ont cherché à utiliser des stratégies de marketing politique basées sur l’usage des réseaux socionumériques. Ces stratégies visaient à conserver les réseaux des sympathisants et de recruter de nouveaux adhérents. Jusqu’à février 2012, la page était utilisée pour la promotion de l’information sur les modalités d’organisations des manifestations dans ces communautés virtuelles. Nous considérons que les groupes dans les réseaux sociaux consacrés aux mobilisations, ont également joué un rôle néfaste dans ces mobilisations. Cet espace numérique isolait et étouffait les discours de mécontentements. Ces communautés virtuelles ont affaibli l’espace public parallèle russe et l’ont rendu encore plus fragilisé face à la pression étatique. Les débats et mobilisation sur le net dans le contexte post-soviétique ne contribuent pas à l’émancipation et aux changements sociaux. Insérées dans les champs sociaux nationaux existants, ces médias numériques contribuent à la délibération et la maitrise de violence. En même temps, ils peuvent être mobilisés par les acteurs dominants afin d’effectuer la violence et la domination. Dans le contexte post-soviétique, les technologies numériques contribuaient au déclin de la mobilisation, renforcent l’isolation des acteurs politiques exclus de l’espace public et le contrôle  social profitable pour les autorités russes actuels.

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SHIRKY Clay (2010), Cognitive Surplus: Creativity and generosity in connected age, Pinguin Group, England, 242 pages.

Notes

1  Orechkine, 2011 ; Morozov, 2012

2  Dahmen-Jarrin, 2012

3  Shirky, 2010

4  Castells, 2011

5  Cabedoche, 2013

6  Musso, 2012

7  Miège, 2007

8  Ces chiffres proviennent de l’entretien avec un des modérateurs de la page

9  Mai 2014

10 Habermas, 1978

11 Dahlgren, 1994, p.247

12  Negt, 2007

13  Benrahhal et Matuszak, 2009

14 Dacheux, 2009

15  Koltsova, 2006

16  Volkov, 2002

17 Miège, 2010, p. 36

18 Kiriya, 2012, p.198

19 Gabor, Rittersporn, 2003

20 Tristan Mattelart, 1995, p.189

21  Negt, 2007

22  Daucé, 2008

23  Kiriya, 2012, p. 204

24 Dimitri Boutrine, journaliste de la maison d’édition Kommersant, modérateur de la page Facebook de mobilisations, entretien du 10 mars 2013

25 Ilya Faïbisovitch, journaliste du magazine Snob, modérateur de la page Facebook consacrée aux mobilisations, entretien du 10 mars  2013

26 Le 19 décembre 2011 le site de l’information « people » Lifenews a publié six heures d’enregistrement clandestin des conversations téléphoniques entre Boris Nemtsov, leader du mouvement politique non-institutionnalisé Parnas,  ses collègues et journalistes d’opposition. Dans ces conversations sur téléphone mobile, l’homme politique, qui faisait partie du comité d’organisation, discute des modalités d’organisation des défilés de contestation. En même temps, il donne des caractéristiques négatives de ces collègues. Boris Nemtsov a déclaré que ces enregistrements avaient été falsifiés. Il a demandé à la rédaction de dévoiler la source de ces enregistrements. Les représentants du groupe News Media dont le site LifeNewsfait partie, ont refusé de dévoiler la source d’information.   

27  La page a été consultée le 2 juin 2014

28 Il est difficile de donner le nombre exact de personnes car durant la période étudiée (1 an environ), la composition de ce « noyau » n’était pas la même.

29 Nous estimons l’audience potentielle de la page de contestation autour de 3,2 millions d’utilisateurs. Ce sont les amis des inscrits qui recevraient le contenu partagé.

30 Notretraduction. Enoriginal :  « Что касается чая, я предлагаю сделать простую, но эффективную вещь: нужно призвать каждого участника принести +1. то есть чая в термосе и бутерброды на себя и еще одного человека. Это просто и сближает людей. »

31 Notretraduction. Enoriginal : « Вообще тут есть люди, которым нужна Немцовская рожа на трибуне? Касьяновская, Рыжковская? Почему вообще обсуждается участие этого компрометирующего всю затею сброда? »

32 Doubine, 2006

33 Notretraduction. Enoriginal :  «кстати, а был ли митинг? может его и не было вообще? я вот Москву плохо знаю, проспект Сахарова существует или это вымысел оппозиции?»

34 Notretraduction. Enoriginal : - « как всегда порадовали в итоговой программе, закончили обращениями wakeup - по россия 24 нормально показали и Троицкого, Навального, Кортнева...оценки тоже были на редкость позитивными. -- Но РТР репортаж был типичным примером геббельсковской пропаганды, когда сперва показывают 100 000 Граждан, а в конце митинг какого-то там завод, который делает танки, в поддержку правящей партии. Используют мерзавцы то, что в памяти последнее слово остается».

35 Notretraduction. Enoriginal  « ЭТО ДРУГОЙ МИТИНГ - ЭТО НАШ МИТИНГ! исследования показывают, что практически никто из сегодняшних политиков не вызывает доверия - устали от правых и левых, красных и коричневых, пусть приходят на митинг, пусть делают полезную работу: раздают ленточки, организуют из своих служб безопасности дежурных по митингу, пусть стоят около трибуны и на передовой перед ОМОНом живым щитов из узнаваемых лиц, отвечают на вопросы, НО ПУСТЬ ОНИ В ЭТОТ РАЗ ПОМОЛЧАТ!»

36  Sergueï Elkin, caricaturiste politique, blogueur ellustrator, entretien réalisé le 19 août 2012.

37  Irina Yasina, ex-chef de projet Otkrytaïa Rossija (« La Russie Ouverte ») de la campagne pétrolière Iukos, bloggeuse yasina, entretien réalisé le 21 mars 2012.

38 Notretraduction. Enoriginal : « У меня несколько причин пойти на митинг: Не допустить революции!!! Только личное участие здравомыслящих людей позволит не пройти революционным призывам и действиям. Нужно работать и жить с той властью которая уже есть P.S. Я за Свободную Россию без революции!!! ».

39 Notretraduction. Enoriginal : « Я, к сожалению, не могла быть с вами физически, но я с вами! Безмерно рада и счастлива читать отзывы и наблюдать фото с места событий. Обязательно буду 17го! Спасибо вам! »

40 Kachkaeva, 2013

41  Бикбов, 2012

Pour citer ce document

Alexander Kondatrov, «Espace public politique officiel post-soviétique à l’épreuve des réseaux socionumériques : étude de mouvements de contestation en Russie en 2011 et 2012», French Journal for Media Research [en ligne], Full texts/Numéros en texte intégral, 4/2015 Media in South Africa/Les médias en Afrique du Sud, Varia, mis à jour le : 18/06/2015, URL : http://frenchjournalformediaresearch.com/index.php?id=511.

Quelques mots à propos de :  Alexander Kondatrov

Doctorant, Université Grenoble Alpes, GRESEC

alexander.kondratov@u-grenoble3.fr