French Journal for Media Research

Louis Perron

Éthique et communication. Réflexion à partir de Jean Ladrière

Résumé

L’article propose une réflexion fondamentale sur les rapports entre éthique et communication à partir de l’œuvre de Jean Ladrière. L’étude du langage montre que la signification renvoie à l’action comme dimension éthique. La gouvernance éthique du système communicationnel contemporain est possible si le fonctionnement opératoire propre au système est replacé dans le contexte global de la finalité éthique de l’action humaine.

Abstract

The article proposes a fundamental reflection on the relations between ethics and communication starting from the work of Jean Ladrière. The study of language shows that meaning refers to action as an ethical dimension. The ethical governance of the contemporary communication system is possible if the operational functioning proper to the system is placed in the overall context of the ethical purpose of human action.

Texte intégral

Introduction

1Puisqu’elle est avant tout une action, la communication soulève d’emblée un questionnement éthique. Toute action humaine porte en effet la question de sa finalité ; l’action, en raison de sa structure téléologique, s’inscrit nécessairement dans un ordre des fins. L’activité communicationnelle ne peut éluder la question des objectifs et des finalités qu’elle poursuit (Balle, 2017). Les développements des moyens modernes de communication, leur omniprésence, leur puissance sans cesse croissante, tous les phénomènes inédits rattachés à ce que l’on a pu qualifier d’ « explosion de la communication » (Breton et Proulx, 2012), radicalisent le questionnement éthique car ils accroissent de manière inédite les capacités d’action communicationnelle. L’univers des médias constitue un vaste système d’action aux multiples ramifications typique de la modernité actuelle. Comme tout système, son fonctionnement global acquiert toujours plus d’autonomie par rapport à l’action humaine qui l’a d’abord amené à l’existence ; se développant toujours davantage à la manière d’une entité sui generis, il tend à l’auto expansion et à l’auto finalisation. Il se superpose aux formes élémentaires et originaires de communication, sous la forme d’un univers construit, artificiel, s’imposant comme une sorte de nature, certes distincte de la nature cosmique, mais partageant avec celle-ci une sorte de massivité contraignante qui impose à l’action sa résistance et son déterminisme propres.

2Les médias sont fondamentalement des moyens en vue de la communication humaine. Cet horizon, qui est leur finalité première, est susceptible de s’effacer au profit du développement exponentiel et autonome du système de la communication en tant que système. La finalité propre au système, qui veut sa croissance continue, l’amélioration constante de ses capacités et de ses performances, se rapporte à une normativité interne de plus en plus repliée sur elle-même. L’opératoire pur se superpose à l’action et à son exigence éthique globale. La communication devient sa propre finalité : il s’agit désormais de communiquer pour communiquer, toujours plus, toujours mieux. L’efficacité et la performance communicatrice deviennent des valeurs en soi. Ainsi la médiation technico-opérationnelle prend le pas sur la médiation première qu’est l’acte de communiquer comme acte intersubjectif. Les médias ne sont plus alors des médiations essentielles du sens, mais des instruments de production de bruit informationnel et de résonnance de l’incessante rumeur du monde. Voici donc l’enjeu éthique fondamental que soulève la communication, telle qu’elle se présente en ce XXIe siècle : comment peut-on assurer que son dynamisme opératoire ne court-circuite pas la visée fondamentale et ultime de la communication qui est celle du sens et qui ne peut être autre en définitive que l’instauration de l’humanité comme forme de vie sensée ? On s’inspirera largement de la pensée de Jean Ladrière1, qui a longuement réfléchi aux questions connexes du langage, de l’existence et de l’éthique.

3Certes, Ladrière n’a pas réfléchi sur la communication comme telle. Il s’est cependant largement intéressé au processus de rationalisation qui caractérise la modernité occidentale et à ses effets perturbateurs sur la culture en général. Prolongeant la dernière réflexion de Husserl (Ladrière, 1973), sa préoccupation est de réinsérer la dynamique de la rationalité à l’intérieur de la dynamique globale de l’existence humaine. C’est précisément le thème de la rationalisation du monde vécu qui permet de lier la réflexion de Ladrière au problème de la communication. En effet, le processus de rationalisation affecte également et lourdement l’univers de la communication contemporaine.

4Ce qui, selon Ladrière, caractérise la rationalité actuelle, par rapport à ses formes antérieures, est le fait qu’elle constitue un véritable univers sui generis que l’on peut qualifier de « rationalité du construit ». Il s’agit de la forme extériorisée de la rationalité, dans laquelle celle-ci se projette sous la forme d’une objectivité seconde par rapport à l’objectivité première, traditionnelle, au sens de la raison présente dans la nature. En tant que réalité construite et lieu d’objectivation des pratiques humaines, la rationalité objectivée se superpose à l’univers naturel. Ainsi se forme un réseau d’ « institutions de la raison », qui acquiert sans cesse plus d’autonomie, au sens où il se développe par lui-même selon ses propres valeurs, ses propres critères d’opérativité, ses règles et principes, et qui tend à s’imposer à l’univers naturel auquel il se substitue et à envahir l’ensemble des pratiques humaines en les réduisant à sa réalité propre. Le monde vécu est ainsi englobé dans un vaste système rationnel axé uniquement sur la modalité d’opérativité du système et sa capacité performative. Les institutions de la raison relevées par la Ladrière sont la science, la technique, l’économie d’accumulation, l’État moderne, l’art autonomisé, l’éthique procédurale. On considèrera ici que la communication est une autre de ces institutions de la raison, au sens où elle peut être considérée comme l’une des institutions de la raison objectivée, l’une des dimensions fondamentales de la modernité tardive.

5On cherchera d’abord à montrer qu’il existe un lien fondamental entre la communication et l’éthique, parce que toutes deux impliquent d’emblée la figure d’autrui. On se tournera ensuite vers l’analyse du langage qui dispose d’un outil précieux permettant de mettre en valeur la dimension éthique du langage : la théorie des performatifs. On abordera ensuite le cœur du problème, qui vient du fait que la communication se déploie de plus en plus comme une figure objective sui generis de type systémique, tendant à supplanter l’acte existentiel à la base de la communication par un fonctionnement purement opératoire régi par un objectif interne d’auto-extension et de performativité sans cesse accrues. Le défi éthique qui surgit alors est celui de reconnecter l’opération et l’action, de replacer la systémique communicationnelle à l’intérieur de la visée communicationnelle originaire qui ramène en définitive à la dynamique de l’existence humaine comme visée de sens.

Existence, communication et éthique

6Il existe un lien fondamental entre la communication et l’éthique, en raison du fait qu’elles partagent un lieu commun qui est la figure d’autrui2.

7La communication est un fait anthropologique fondamental au sens où, avec l’existence vient la possibilité de la communication. Or la communication suppose le langage comme son outil premier. Le langage est donc également une caractéristique fondamentale de l’existant humain qui se présente comme une potentialité structurelle appartenant à la constitution même de son être (Ladrière, 2004a, p. 251, Ladrière, 2004c, p. 74). La capacité du langage est un donné apriori de l’existence humaine. Le langage comme domaine original, doté de sa consistance propre, ouvre sur la problématique de l’interlocution : le langage médiatise le rapport à autrui (Ladrière, 1997, p. 178). La réalité concrète du langage réside dans l’interlocution. Le langage permet de constituer un univers de communication et une approche partagée du réel. Cela signifie que le langage est «  une dimension de la coexistence » (Ladrière, 2004a, p. 251) : « La reconnaissance d’autrui comme autrui s’effectue de façon spontanée dans le rapport interhumain, en tant qu’il met en jeu la dimension affective de l’existence et qu’il est médiatisé par le langage. » (Ladrière, 1997, p. 35) En d’autres termes, le langage se présente comme un champ d’intersubjectivité qui implique dès lors un rapport à autrui (Ladrière, 1984b, p. 63). C’est en vertu de son caractère intersubjectif que le langage est le médium de l’interaction humaine, dans et par lequel la communication peut avoir lieu. Le langage privé est toujours en quelque sorte dialogue, et la communication intercommunication. La communication comme phénomène humain manifeste que dans le langage est donné de manière essentielle le rapport à autrui et les relations interhumaines. Base de l’interaction humaine, elle s’enracine dans la dimension de la coexistence. L’échange communicationnel met en présence de manière directe l’autre, le pour-autrui, en tant que relation concrète, immédiate, singularisée (Ladrière, 1989, pp. 366, 369).

8Le langage donne accès tant à la réalité personnelle individuelle qu’à la réalité de la personne de tout autre. Il ouvre la dimension du sens. La parole est le lieu privilégié de la révélation de l’existence à elle-même, le lieu où le sens devient manifeste pour l’existence (Ladrière, 2004c, p. 75). Elle est une caractéristique fondamentale de l’existence humaine où il y va directement de l’existence elle-même. Cette ouverture de l’existence à elle-même implique la relation à autrui. C’est ainsi que la communication est liée à l’existence comme enjeu pour elle-même et à la question du sens. Dans la communication avec autrui, l’existence accède à sa réalité personnelle (Ladrière 2004b, p. 41). Du même coup, elle accède également à la réalité personnelle d’autrui. La question de l’institution langagière et celle de l’instauration de l’existence sont interdépendantes (Ladrière, 2004c).

9Avec l’existence vient également la possibilité de l’éthique. La dimension éthique est mise en jeu de l’existence comme question pour elle-même. Le langage n’est pas étranger à cet enjeu : en impliquant immédiatement l’existence, il renvoie à la dimension éthique de l’existence. Dès qu’il y a langage humain, la dimension éthique apparaît. Le langage a une portée éthique car il met en jeu l’existence comme destinée, comme lieu où se décide la qualité même de l’existence comme totalité (Ladrière, 1984a, pp. 223-224). En même temps, c’est à travers le langage que l’existence accède à la dimension éthique. Or la dimension éthique de l’existence implique autrui de manière essentielle. L’existence est en effet coexistence. La dimension éthique est solidaire de l’apparition d’autrui. Autrement dit, la manifestation de la dimension destinale de l’existence est corrélative de la manifestation d’autrui. Mais cette manifestation n’est possible qu’en vertu du langage et de son pouvoir propre. C’est également par le langage que l’existence peut accéder à la présence d’autrui. Dans la parole adressée à autrui, dans la relation interpersonnelle, s’annonce la dimension éthique de l’existence de la manière la plus originaire et la plus manifeste. Dans la mise en jeu qu’est l’existence pour elle-même effectuée au moyen du langage, autrui vient à la rencontre, en raison de la dimension éthique et du langage.

10Si l’existence accède à la dimension éthique par la rencontre d’autrui, si la reconnaissance d’autrui suppose le langage, c’est parce que le langage est interlocution et implique lui-même autrui et qu’il inscrit d’emblée ainsi l’existence dans la dimension éthique.  La reconnaissance de la signification éthique de l’existence comme la propre ratification de l’enjeu qu’elle est pour elle-même et simultanément comme reconnaissance de la coexistence n’est possible que moyennant le langage (Ladrière, 2004c, pp. 21-22). Et cette possibilité est à son tour rendue elle-même possible en vertu de la structure du pour autrui constitutive du langage. Dimension langagière et dimension éthique sont liées. Il y a donc une connexion entre éthique et langage sur la base même de leur commun enracinement dans l’existence, comme deux des possibilités fondamentales caractéristiques de celle-ci. Par conséquent, dans le langage comme en éthique il est toujours déjà question d’autrui.

11En raison de cette liaison originaire du langage et de l’éthique qui se noue à même la structure constitutive de l’existence, la communication est portée par une visée d’authenticité, ouvrant sur une figure authentique de l’humain. Ce qui est agissant dans les pratiques effectives de l’interlocution, c’est la présence déjà agissante d’une figure toujours à venir de la coexistence, l’instauration d’un monde commun, d’un authentique partage. La philosophie de la communication met en relief les conditions d’une communication authentique comme visée instauratrice de la réciprocité (Ladrière, 1998, 2004c). En somme, parce qu’elle implique nécessairement autrui, parce qu’elle s’ancre dans l’a priori de la coexistence, la communication a une portée éthique immédiate. Non seulement fonde-t-elle la possibilité des échanges, elle est, sous forme d’esquisse, promesse et exigence d’une communication universelle authentique.

Langage et performativité3

12Le problème fondamental posé par la philosophie du langage est celui de la possibilité de la signifiance. Comment la signifiance vient-elle au langage ? Comment le langage peut-il signifier ? La signifiance est « le processus par lequel un dispositif linguistique se revêt de signification et par lequel, en même temps la visée signifiante se projette en un dispositif linguistique qui en fait une signification déterminée » (Ladrière, 2004b, p. 11). La signifiance est ce par quoi la signification advient, ce qui fait que les signes langagiers sont porteurs de sens (Ladrière, 1984b, 2004a). Il importe de prendre note que le langage comporte deux aspects essentiels, dont l’articulation constitue la question centrale de son étude : l’aspect sémantique, qui touche aux mécanismes d’engendrement des phrases, et l’aspect syntaxique, qui a trait aux significations (Ladrière, 2004b, pp. 8-10). Comment le précise la pragmatique, la signification d’une phrase comporte à son tour un double aspect : un aspect d’invariance et un aspect contextuel. Comme l’a montré Austin (1962), cette dimension circonstancielle est prise en charge dans l’énonciation effective, au moment où s’opère le passage de la potentialité de la signification à son actualisation et à son inscription dans l’horizon du sens. Il ne saurait y avoir de signification sans ce passage à l’effectivité.

13Au sein du champ d’étude de l’analyse langagière, la pragmatique, et plus spécifiquement la théorie des actes de langage, sont particulièrement aptes à mettre en valeur à la fois la dimension de la communication et sa valence éthique. La pragmatique montre que le langage est un milieu en et par lequel des sujets parlants prennent position à l’égard du monde et les uns par rapport aux autres (Ladrière, 1984b). Elle met en lumière le fonctionnement concret du langage, le fait que ce fonctionnement s’effectue dans une situation concrète d’interlocution. Elle tient donc compte à titre essentiel du rôle du locuteur. La pragmatique, à travers la théorie des actes du langage, met en lumière la dimension illocutoire du langage. Le fonctionnement illocutionnaire du langage appelle la dimension de communication de façon nécessaire : il montre que le rapport à l’interlocuteur fait partie de conditions illocutoires elles-mêmes (Ladrière, 1988a, p. 122). L’analyse du langage doit tenir compte du contexte d’usage et opérer, en conséquence, un déplacement de l’énoncé vers l’énonciation. Austin, dans sa théorie du langage performatif, montre que certaines propositions accomplissement une action. Cette dimension opératoire du langage, le fait que le langage peut faire quelque chose, c’est la performativité du langage (Ladrière, 1984a, p. 93). Austin a élargi la perspective en introduisant le concept de « force illocutionnaire ». La force illocutionnaire affecte tout acte de langage ; elle est la force caractéristique qui le spécifie comme acte. Toute phrase est porteuse d’une force illocutionnaire, au sens où toute phrase fait quelque chose du fait même qu’elle est énoncée. Cette force est une composante essentielle de la signification. Austin montre que tout communication implique « […] une composante de la signification qui tient à la nature particulière de l’action qui est réalisée par le fait même que cette phrase est prononcée dans les circonstances données » (Ladrière, 1984a, p. IV). Les actes de langage montrent comment le langage est utilisé sous l’initiative du locuteur. Celui-ci assume le dispositif linguistique disponible, les potentialités qu’il offre. Cette assomption est ce qui est désigné par l’expression « acte illocutoire ». La communication implique donc l’accomplissement d’un acte, et tout énoncé articule des expressions et des actes. Autrement dit, tout énoncé est doté d’un certain degré de performativité. Approfondissant les vues d’Austin, Searle (1969) a montré que tout acte d’énonciation comporte une force illocutionnaire, c’est-à-dire une prise de position et une modalité spécifique d’énonciation, et une proposition impliquant un acte de référence et un acte de prédication (Ladrière, 1984c, p. 141, 1997, p. 92). Tout discours a un caractère auto-implicatif impliqué par l’usage concret du langage, parce qu’il nécessite un certain engagement du locuteur. En plus du procès de l’énoncé (contenu), il y a le procès de l’énonciation, qui est un acte comportant une prétention à mettre en œuvre une certaine forme d’effectivité, et donc une prise de responsabilité du locuteur par rapport au contenu de l’assertion. Tout discours est auto-implication : il implique un engagement, une initiative du locuteur par laquelle celui-ci prend position par rapport à ce qu’il énonce et se met lui-même en jeu (Ladrière, 2004a, p. 258, 2004e, pp. 175-177, 219). L’acte illocutoire est un acte qui actualise la signification. Le locuteur est lié à ce qu’il dit; il s’auto-affecte. L’engagement signifie que le locuteur assume la responsabilité de ce qu’il énonce. En somme, la signifiance suppose l’actualisation par un locuteur capable d’engagement et d’initiative, capable de se décider et de prendre position de manière effective dans l’événement de la parole (Ladrière, 1984b).

14Les actes de langage mettent en valeur la dimension existentielle du langage. La pragmatique montre que la communication est relative aux contextes, aux circonstances particulières de l’interlocution. La « composante circonstancielle » de l’interlocution permet à l’auditeur d’insérer la phrase dans le mouvement de sa propre existence, dans le contexte plus général du fonctionnement de l’existence (Ladrière, 1984b, pp. 9-10, 230). Tout énoncé d’un locuteur suppose son rattachement à l’acte même qu’est son existence. L’analyse du langage, en montrant que les expressions linguistiques sont liées à des actes, renvoie à la subjectivité, à l’existence. Elle lie les expressions linguistiques et les actes. La pragmatique met en lumière la dimension d’action inhérente au langage, l’acte d’énonciation d’un locuteur par rapport à un interlocuteur. Elle manifeste que la communication est action, qu’elle a un effet sur le monde, bref qu’elle a un caractère performatif. Le langage dit le monde, mais fait également agir ; il est une forme d’acte visant une instauration. L’acte de communiquer s’inscrit à l’intérieur de la visée de l’action. Les actes de langage manifestent la dimension éthique du langage, via la médiation de l’action. Dans tout acte de communication, l’existence se trouve engagée, concernée, mise en jeu, sollicitée comme responsable de ce qu’elle énonce (Ladrière 2004a, pp. 251 suiv., 2004b, pp. 77 suiv.).

Médias et communication authentique

15Comme on vient de le préciser, l’acte communicationnel, dans sa concrétude, combine un dispositif formel et une prise en charge existentielle, effective, de ce dispositif. Tout langage est un système linguistique, c’est-à-dire un ensemble de signes et de règles déterminées, de mécanismes permettant l’engendrement des phrases comme unités de sens (dimension syntaxique du langage). Mais le langage est également un processus communicationnel, ayant toujours affaire à des circonstances concrètes d’interlocution. Il lui faut donc comporter également les mécanismes permettant d’associer aux phrases une signification précise (dimension sémantique du langage). L’analyse de la signifiance doit tenir compte de ce double aspect du langage. On voit donc s’établir une dichotomie entre la langue entendue comme un système abstrait de règles indépendant du temps et d’autre part comme parole liée aux circonstances concrètes d’historicité. D’une part, l’expérience humaine se thématise par la parole, en tant que caractéristique fondamentale de l’existant humain. C’est la dimension du sens, qui constitue la possibilité même de l’expérience. Mais la parole qui dit l’existence relève du langage comme domaine de réalité. D’autre part, il y a aussi le langage en tant que comme milieu intermédiaire, que domaine objectif de réalité. Ces deux perspectives sont corrélatives et articulent la question du sens. Si la parole est le milieu par lequel l’existence se découvre à elle-même et exprime le sens, l’indépendance du langage vu comme système de signes n’en appelle pas moins à l’inscription du langage dans des événements de communication, ce qui introduit la perspective de l’interlocution. La forme du dispositif linguistique et la portée existentielle du langage s’appellent l’une l’autre et se rencontrent précisément dans l’espace de la communication. Le problème central de la signifiance peut alors s’énoncer comme celui du passage de l’institué à l’événementiel. Comment l’institué peut-il être assumé dans l’événementiel ? C’est ce à quoi tente de répondre la sémantique pragmatique (Ladrière, 2004c, pp. 73-74, 76, 98). La théorie des actes de parole permet de rendre compte de la nécessité de penser la communication comme un acte humain. Elle manifeste l’importance d’une intervention humaine pour que la signifiance puisse avoir lieu. Sans l’engagement du locuteur, le langage ne serait que système (Ladrière, 1984b). Le système est absolument nécessaire et essentiel, mais il ne suffit pas à produire de la signification. Il lui faut encore la médiation de l’action.

16Lorsqu’elle devient systémique, comme c’est le cas aujourd’hui, la communication court le risque constant de rater cette médiation nécessaire de l’action humaine pour ne plus conserver que sa dimension formelle. Le langage est déjà une réalité systémique qui possède une réalité autonome, sui generis, indépendante des locuteurs. Tout se passe comme si le système communicationnel, s’appuyant sur cette propriété systémique originaire du langage, procède par une extension elle-même de nature systémique axée sur le seul usage de ses caractéristiques formelles et qui tend à se superposer, voire à remplacer la communication comme interlocution. La communication devient comme une sorte de réalité langagière augmentée, radicalisant l’autonomie propre du langage. Il s’agit d’un système second qui se superpose en quelque sorte au système premier qu’est le langage. Englobé dans la dynamique du système communicationnel, le système langagier en devient un simple sous-système. Le langage est alors réduit à son pur aspect formel. La communication devient une abstraction fonctionnelle, qui substitue aux rapports interhumains des rapports de type purement opératoire et abstraits. Le système médiatique fait retomber la communication à l’état de simple système par oubli du sujet parlant, de la dimension existentielle du langage. La possibilité de la communication authentique est alors menacée.

17Le système communicationnel est une médiation systématique amplifiée de l’action qui se projette, sous une forme objectivée, dans l’extériorité de dispositifs matériels. Cette projection acquiert une autonomie de fonctionnement, une capacité productive propre. L’appareillage communicationnel procède d’une volonté instauratrice cherchant la croissance constante et devient une institution auto-finalisante, se développant selon des finalités intrinsèques. L’univers de la communication est un univers construit, qui se superpose à l’univers naturel. Il est fait de structures abstraites, de dispositifs matériels et d’institutions et est doté d’une objectivité originale et autonome, porteuse d’une dynamique spécifique imposant à l’action les contraintes de ses propres lois de fonctionnement (Ladrière, 1997, pp. 7-17). Cet univers induit une transformation de la communication interpersonnelle en communication systémique. L’expérience subjective fait place à l’objectivité opérationnelle, elle devient le médium, le lieu d’un processus d’instauration autonome. La parole interpersonnelle devient logos communicationnel, supporté par toute une infrastructure technique et administrative. Le système communicationnel contemporain est un vaste système technique et institutionnel, qui interagit avec les autres systèmes de la vie sociale.

18Le problème éthique posé par la communication moderne provient du remplacement de l’acte communicationnel par l’opératoire communicationnel, par la transformation de l’action communicationnelle en système d’action. Le système communicationnel vit de son propre dynamisme, auto-expansif et auto-finalisé, dans une progression constante qui ressemble à une sorte de fuite en avant. Autonomisé par rapport aux intentions et initiatives humaines, s’imposant à la manière d’une sphère de nécessité artificielle, il tend à échapper au contrôle de ses utilisateurs qui deviennent pour ainsi dire utilisés par lui. Le système de la communication impose à la subjectivité humaine sa propre structure a priori (Ladrière, 2004a, pp. 39-40). La question est alors celle de la contrôlabilité, de la gouvernabilité de ce système. Comment peut-on réintroduire la liberté humaine et déjouer la sorte de fatalisme que la dynamique systémique induit ? Comment contrôler la logique interne de fonctionnement ? Le système médiatique est gouverné par un critère interne, celui de la viabilité du système, qui s’appuie sur une certaine interprétation, d’ordre systémique, de l’action. En tant que telle, la dimension éthique demeure extérieure à cette interprétation (Ladrière, 1999). Peut-on introduire des critères externes volontairement choisis permettant de contrer le déterminisme du système et en assurer un guidage approprié ? (Ladrière, 2005, pp. 28, 38) Plus précisément : comment concilier la normativité propre au système communicationnel et la normativité éthique ? Comment l’acte de communication peut-il contrôler la dimension technologique qui tend à faire de la communication une fin en elle-même ? Comment inscrire la communication dans un réseau de fins plus vaste ? Bref, quelle est en somme la finalité première de la communication ? On retrouve au fond le défi de la rationalité instrumentale. La réflexion philosophique retrouve ici une question importante de la réflexion sur les médias. Les médias sont des techniques ; ils nécessitent l’innovation technique (Balle, 2017, p. 3). Comme le souligne Maigret (2015, pp. 23-24), la tension entre la raison et la technique loge au cœur de la communication. Notre intention n’est pas ici de dénigrer l’aspect technique nécessaire à la communication. Il s’agit plutôt, à la suite de Wolton (1997, pp.16-19), de souligner l’inévitable tension qui s’instaure entre la communication normative et la communication fonctionnelle. L’enjeu d’une pensée de la communication consiste précisément à résister à la tentation de réduire la communication au seul exploit technique (Wolton, 2000, p. 16). En ce sens, l’arrivée des nouveaux médias ne change pas fondamentalement la nature du problème, tout en le radicalisant de manière significative.

19Un système est doté d’un pouvoir d’auto-organisation possédant une capacité de complexification se développant selon la dynamique propre du système. Ce processus à la fois objectif et objectivable est réductible au jeu des interactions qui assurent l’accroissement de complexité. Un système pratique fonctionne selon sa propre logique de fonctionnement et sa propre finalité. Il infléchit l’action selon une téléologie immanente et la réduit à un fonctionnement de structures opératoires considérées elles-mêmes comme des systèmes et obéissant à un certain nombre de paramètres.

20Dans la systémique communicationnelle, la communication devient formelle, au sens où elle adopte le mode de fonctionnement propre à l’automate (Ladrière, 2004a, p. 41 suiv.). L’action se naturalise et se retourne contre elle-même, créant une « seconde nature » qui se superpose à la nature au sens courant du terme (Ladrière, 1980, pp. 161-162, 1988b, pp. 135-136 1999, p. 118). Ce fonctionnement met en œuvre un type particulier de rationalité qui « est au principe d’un processus génératif extrêmement puissant » et qui engendre un type original de pratique. Cette rationalité, caractéristique du développement de la rationalité scientifique, est celle des systèmes formels dont « le propre est de fonctionner indépendamment des termes qu’il met en jeu », indépendamment de toute interprétation (Ladrière, 2004a, p. 44). Elle impose un dynamisme interne en perpétuelle expansion, orienté dans une direction qui n’est autre que cette expansion à la manière d’un processus d’autoconstruction. La signifiance est réduite aux règles formelles qui commandent l’opération du système.

21L’idée de sens comporte l’idée de signification, mais également celle de direction.  Ce sont là deux dimensions du sens qui s’appellent l’une l’autre :

« [Il] y a une directionnalité dans la notion même de signification, qui implique une référence à quelque chose d’autre, une inscription dans un contexte plus large et donc un pas vers un domaine plus intelligible. Et réciproquement, l’indication d’une direction est une façon de fournir une signification. Or un pur fonctionnement est gouverné seulement par la préoccupation de pouvoir poursuivre ses opérations et éventuellement aussi par la préoccupation d’être capable de se perfectionner lui-même, au sens de devenir capable de réalisation ses opérations de façon plus efficiente. S’il y a direction ici, c’est seulement celle qui est indiquée par ces préoccupations […] [Le] système est en effet comme une immense machine, définie par un fonctionnement très compliqué. Il est animé par un dynamisme interne, qui implique une directionnalité. Mais la direction qui est donnée par ce dynamisme est seulement celle qui conduit vers l’amplification du système, par extension et perfectionnement des multiples fonctionnements qui sous-tendent la dynamique de la machine. » (Ladrière, 2004a, pp. 46-47).

22Le fonctionnement opératoire ouvre cependant de lui-même sur son possible dépassement. Il y a en effet comme une scission à l’intérieur du système lui-même, entre le sens interne et le sens externe : « D’une part, il y a un sens qui est complètement interne et qui est l’inscription dans le cadre d’un fonctionnement formel » (Ladrière, 2004a, p. 47). Le sens d’une opération formelle est la place de cette opération dans la totalité des opérations du système. « Mais d’autre part, il y a un sens qui est externe et qui est constitué par la connexion avec la totalité de la vie humaine. » (Ladrière, 2004a, p. 47). Il faut dépasser le sens interne, qui demeure homogène au système, vers le sens externe, proprement humain, de manière à projeter le sens externe sur le sens interne. Pour ce faire, il faut un dénominateur commun. Ce rôle est précisément celui de l’action humaine, puisqu’elle participe à la fois du monde formel et du monde vécu. L’action permet la rétroaction du sens vécu sur le sens formel. Tout système opératoire s’enracine dans l’action qui lui demeure toujours présente. L’opération après tout n’existe qu’en vertu d’une intervention humaine, d’une action. L’action est la médiation qui permet de revenir à l’existence en sa totalité, de replacer le formel dans l’existence concrète, dans sa destination. Nous sommes ainsi ramenés à la dimension éthique de l’existence dans toute sa profondeur et sa radicalité (Ladrière, 2004a, 49), à la coexistence humaine et au langage. Toute activité de communication s’inscrit dans l’horizon englobant du sens. C’est également à l’intérieur d’un tel horizon que s’inscrit la dynamique globale de l’existant humain (Ladrière, 1995).

Conclusion

23 La caractéristique sans doute la plus prégnante de la pratique communicationnelle contemporaine est son institutionnalisation. Si l’on considère le langage humain comme une institution première, on peut considérer cette institutionnalisation comme une institutionnalisation de second degré, venant se superposer à la première (Ladrière, 2004d, p. 56). Dans ce contexte, la communication devient médiate, abstraite et généralisée (Ladrière, 1989, p. 370). D’un point de vue éthique, la systémique communicationnelle pose l’enjeu de l’inscription de son dynamisme puissant et multiforme à l’intérieur de la visée éthique de l’existence. Pour assurer cette inscription, il faut faire retour, à partir même de ce que suggèrent les opérations du système communicationnel, à l’existence vécue. Le projet qui sous-tend la dynamique systémique doit être ramené à la vertu instituante originelle du projet comprise dans toute son ampleur. Il devient alors possible, en tablant sur l’excès qui porte le déterminé, de dépasser la productivité propre de l’institution qui est d’ordre opératoire et formel (Ladrière, 2005, p. 38 suiv.). Plutôt que d’ignorer cette productivité, ce qui reviendrait à ignorer l’aspect technique nécessaire à la communication, la stratégie ici proposée consiste à reconnaître, à partir même de ce que suggère le fonctionnement opératoire-formel, qu’il y a plus dans l’acte de communication que la seule recherche de l’efficience technologique. L’opératoire formel est en effet ancré, même si cet ancrage peut demeurer inaperçu, dans une trame sous-jacente qui est celle de l’action humaine. L’enjeu éthique consiste à redonner à l’action à l’œuvre au sein de l’activité systémique sa dimension proprement humaine, c’est-à-dire son autonomie, à la replacer dans la méta-finalité de la liberté comme capacité de poser par elle-même un ordre de fins (Ladrière, 1980, p. 163). On retrouve alors la dimension proprement humaine de la communication, et par là la dimension originaire du sens. Pourquoi la communication ? C’est en se rappelant sans cesse cette interrogation à la fois simple et fondamentale, en ne la perdant pas de vue, qu’il sera possible de diriger les futures expansions du système communicationnel dans un sens promouvant une véritable et authentique communication. Lorsque la pratique communicationnelle se ressaisit réflexivement, elle prend conscience que le langage, en sa profondeur originaire, est bien davantage qu’un simple instrument d’échange d’informations (Poché, 2004). Le logos est animé par une visée intrinsèque de justice et de liberté. Il s’inscrit dans le projet d’instauration d’une vie sensée. Pour cela, il doit viser une communication authentique, une communication sans contraintes, soustraite aux effets de domination, portée par une visée éthique. L’instauration d’une communauté portée par une communication authentique est une tâche proprement éthique. Il y va de rien de moins que des relations des humains entre eux puisque c’est précisément ce qui se joue au sein de l’espace de la communication (Ladrière, 1993, p. 15).

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Notes

1  Professeur à Louvain puis à Louvain-la-Neuve, Jean Ladrière (1921-2007) est un philosophe belge, l’un des plus importants de la seconde moitié du XXe siècle dans l’espace francophone.

2  Contrairement à Beaudoin (2011), notre approche, tout en prenant appui sur la pragmatique, tient à reconduire le langage aux structures mêmes de l’existence humaine qui rendent possibles l’usage du langage.

3  La théorie des actes de langage et la pragmatique est une approche courante dans les études sur la communication. Voir par exemple Baylon et Mignot (2005) ainsi que Maigret (2015).

Pour citer ce document

Louis Perron, «Éthique et communication. Réflexion à partir de Jean Ladrière», French Journal for Media Research [en ligne], Full texts/Numéros en texte intégral, 9/2018 Ethics, Media and Public Life, mis à jour le : 29/12/2017, URL : http://frenchjournalformediaresearch.com/index.php?id=1441.

Quelques mots à propos de :  Louis Perron

Professeur
Saint-Paul University, Ottawa

 

 

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